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Un manque criant de dentistes dans le Nord

La dentiste Lucie Papineau travaille dans le Grand Nord depuis 30 ans.

Photo courtoisie

La dentiste Lucie Papineau travaille dans le Grand Nord depuis 30 ans.

Les dentistes du Grand Nord québécois sonnent l’alarme. Pour la première fois en 30 ans, des communautés cries seront privées de soins dentaires pendant des semaines par manque de relève.

Au moins trois communautés du Grand Nord seront sans dentiste pour un mois cet été, craint la Dre Lucie Papineau, qui est incapable de trouver des remplaçants.

« C’est du jamais vu un bris de service aussi important [...] On vit une crise, les dentistes ne veulent plus monter dans le Nord », lance la Dre Papineau, cheffe du département dentaire au Conseil cri de la Santé et des Services sociaux de la Baie-James (CCSSBJ).

Postes vacants 

Sur 12 postes permanents, deux sont vacants, bientôt trois, dit-elle. Et les remplaçants temporaires ne sont pas non plus au rendez-vous.

« Personne ne répond à l’appel. Je ne sais pas ce que je vais faire », laisse tomber la dentiste, découragée et inquiète.

Une bonne année, sa région éloignée jongle habituellement avec 2500 heures de pratique non comblées. Mais depuis l’an dernier, on compte 4000 heures non comblées dans le Grand Nord, une situation notamment exacerbée par la pandémie.

Les conditions de travail difficiles rebutent les dentistes. Et depuis maintenant six ans, l’entente avec le gouvernement sur le régime public est échue. La rémunération n’est donc pas non plus attrayante, fait-elle valoir.

Pourtant, les besoins des patients du Grand Nord sont jusqu’à dix fois supérieurs au reste de la population québécoise.

Dans les communautés cries, les dentistes font de la pratique d’urgence, explique Lucie Papineau.

Les patients n’attendent pas pour un nettoyage, mais consultent pour des abcès, des infections ou des caries douloureuses, par exemple.

« On éteint des feux, on ne fait pas de prévention », renchérit la Dre Darlene Kitty, présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de la région. Les soins offerts sont urgents et non esthétiques.

Elle souhaite que sa région soit desservie à la hauteur de ses besoins.

Population vulnérable 

Les dentistes y soignent environ 16 000 personnes dans neuf communautés.

La Dre Papineau fait valoir qu’il s’agit aussi d’une population vulnérable, dont plusieurs habitants sont aussi aux prises avec des maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension.

La région accuse un retard en matière de prévention et de sensibilisation aux soins dentaires, ce qui explique notamment les besoins criants selon la Dre Papineau.