/news/coronavirus

Plus de 148 000 patients en attente

Âgée de 41 ans, Catherine Guérin attend une chirurgie importante depuis près d’un an à Québec et craint pour sa santé.

Photo Stevens LeBlanc

Âgée de 41 ans, Catherine Guérin attend une chirurgie importante depuis près d’un an à Québec et craint pour sa santé.

Il n’y a jamais eu autant de Québécois en attente d’une chirurgie que depuis le début de la pandémie, alors que le délestage recommence, au grand dam des malades et des chirurgiens.

« Ce qui se passe à Gatineau et à Québec ça nous fait redouter ce qui s’en vient à Montréal [...] C’est probable que l’attente augmente encore », craint le Dr Serge Legault, président de l’Association québécoise de chirurgie.

Après un an de pandémie de COVID-19, les listes d’attente pour une chirurgie au Québec comptent plus de 148 000 personnes, soit près de 25 000 personnes de plus que l’an passé. 

De ce nombre, ce sont plus de 10 %, soit 19 000 personnes, qui poireautent depuis plus d’un an. 

Il s’agit de chirurgies dites non urgentes, comme pour la cataracte ou le genou.

Cinq fois plus 

C’est cinq fois plus que les 3700 patients qui était en attente depuis 12 mois en mars 2020.

Même avant le troisième délestage annoncé à Québec mardi, le Dr Legault fait valoir que les blocs opératoires de la province ne roulent toujours pas à 100 % en raison du manque de personnel.

Non urgent ne veut pas dire sans douleur, rappelle le chirurgien. 

Il souligne que les patients deviennent aussi plus difficiles à opérer, prennent plus de médicaments ou doivent arrêter de travailler, par exemple.

« Il y a beaucoup de détresse chez les patients, mais les chirurgiens aussi. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on prend le téléphone et qu’on appelle un patient pour lui dire qu’il est encore retardé », dit-il.

C’est ce que redoute le plus Catherine Guérin, qui doit rencontrer ses médecins la semaine prochaine et qui attend une chirurgie à Québec depuis juin 2020.

Craindre la craque 

« J’ai peur de tomber dans une craque », laisse-t-elle tomber.

Elle souffre d’un cholestéatome : une maladie rare qui entraîne la création d’un kyste qui grossit dans l’oreille.

Elle a déjà subi sept opérations depuis plusieurs années pour le réduire et elle n’entend plus d’une oreille. Mais l’an dernier, elle a reçu d’inquiétantes nouvelles.

La masse a atteint les méninges et compresse le nerf facial. Elle doit subir une grosse opération pour rebâtir la barrière de son cerveau.

Actuellement, elle est très vulnérable et pourrait contracter une méningite. Elle ressent une sécheresse oculaire importante qui l’oblige à porter des lunettes de soleil. Elle a des spasmes au visage, des vertiges et des douleurs à la tête, ainsi que des nausées.

Gagner du temps 

« Ma vie n’est pas en danger, mais les dommages qui peuvent suivre... », s’inquiète--t-elle. À deux reprises, elle a subi deux interventions à travers l’oreille pour tenter de réduire la taille du kyste, sans l’éliminer, afin de gagner du temps.

« Je peux encore attendre, mais jusqu’à quel point ? C’est mon visage qui paralyse, c’est ma capacité à faire mon quotidien [...] ça m’a causé beaucoup d’anxiété aussi. Ça stresse, ça fait peur... J’ai juste 40 ans », souffle-t-elle.

Même si elle tente de rester optimiste, les derniers jours l’ont grandement découragée. 

Son sort dépend du respect des consignes sanitaires, lance-t-elle dans un appel à tous.

PLUS LONG QUE JAMAIS 

 

148 218 

Québécois en attente d’une chirurgie en mars 2021, dont 19 045 depuis plus d’un an. 

125 131 


Québécois en attente d’une chirurgie en mars 2020, dont 3701 depuis plus d’un an.

400 % 


L’attente de plus d’un an a bondi de plus de 400 % entre mars 2020 et 2021. 

Source : ministère de la Santé et des Services sociaux