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Un abuseur d’enfant obtient la clémence de la cour

Fred Jacques, un ancien haut fonctionnaire fédéral, a obtenu la clémence du tribunal pour avoir abusé d’une enfant pendant près de deux ans.

Photo courtoisie

Fred Jacques, un ancien haut fonctionnaire fédéral, a obtenu la clémence du tribunal pour avoir abusé d’une enfant pendant près de deux ans.

Malgré un arrêt récent de la Cour suprême prônant un durcissement des peines pour les abuseurs d’enfants, une juge a accordé la clémence à un ex haut fonctionnaire fédéral en le condamnant à 90 jours de prison les fins de semaine pour 21 mois d’abus sexuels sur une fillette.

« Je suis encore en train de digérer ça, je ne sais pas quoi en penser. Je suis déchirée, parce qu’il a gâché ma vie », a déclaré au Journal la victime de Fred Jacques à la suite du jugement rendu cette semaine au palais de justice de Montréal.

C’est qu’entre 1974 et 1976, Jacques, maintenant âgé de 64 ans, a fait vivre l’enfer à une enfant de 9 ans. Les abus étaient fréquents et variés et même après toutes ces années, la victime ne s’en est toujours pas remise totalement.

« J’ai la sensation d’avoir vécu les 50 dernières années dans une boîte noire, avait-elle dit à la cour. J’y ai été enfermée contre ma volonté et je ne sais comment en sortir. »

Après qu’il eut plaidé coupable d’attentat à la pudeur, la Couronne avait réclamé deux ou trois ans d’incarcération. Elle s’était basée sur l’arrêt Friesen de la Cour suprême, qui rappelle que les sentences doivent refléter la priorité de protéger les enfants.

Accusé « modèle »

Or, même si la juge a pris acte de cet arrêt, elle a préféré mettre l’accent sur la réhabilitation de l’accusé, qui a mené une « vie exemplaire » après ses crimes.

« Il a apporté une contribution bénéfique à la société durant toute sa vie », a déclaré la juge Suzanne Costom en soulignant qu’il avait fait du bénévolat auprès des femmes victimes de violence et qu’alors qu’il était à l’emploi d’Affaires mondiales Canada, il a travaillé sur des politiques pour les droits de la personne.

« Son travail était très difficile et a eu des répercussions importantes sur sa santé mentale et physique », a même dit la juge.

Pour la professeure du département des sciences juridiques de l’UQAM, Rachel Chagnon, il est clair que si la juge a noté les conséquences dévastatrices sur la victime, elle a surtout montré de l’empathie pour l’accusé.

« Ici, c’est le génie de la défense [Me Pierre Poupart] qui a pu positionner son client comme une victime lui aussi », a-t-elle commenté.

Car lors des plaidoiries, Jacques a affirmé avoir à l’époque été victime d’abus de la part d’une femme plus âgée.

« Un jeune homme victime d’une femme prédatrice a beaucoup de potentiel de sympathie, la victime ne faisait pas le poids », explique la professeure en constatant que la juge avait ainsi adhéré au discours de l’accusé.

La magistrate a également retranscrit les paroles de la défense, voulant que les crimes de Jacques se limitent à des « caresses » et des « câlins », alors que la Cour suprême a recommandé de mettre fin à ces termes qui peuvent donner l’impression que le crime est moins grave.

« J’ai peine à voir comment [pénétrer] une enfant de 9 ans peut être décrit comme une “caresse” », avait pour sa part dit la victime à la cour.

La Couronne a un mois pour décider si elle portera la cause en appel.