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La règle des 5C et le respect des mesures sanitaires

Après plus d’un an de mesures sanitaires et devant la (re)montée des cas, le Québec a des airs de grande famille en crise. La fatigue du confinement n’a jamais été aussi présente: les uns étirent comme jamais la «bulle familiale», les autres font la fête, «juste une fois au chalet». Ajoutons au portrait ces vaillants pousseurs de fonte «avec pas de masque» au gym.  

Avec le couvre-feu, le rapport de l’État à ses citoyens est devenu encore plus autoritaire et infantilisant. Les reproches adressés aux citoyens sur leurs «relâchements» ne passent tout simplement plus. Certains se rebellent, d’autres dépriment. 

L’autre jour, en causant COVID avec un chauffeur de taxi me confiant son désarroi face aux incohérences du gouvernement, j’ai eu cette idée: pourrait-on appliquer à la présente crise des méthodes d’intervention auprès des enfants? Un principe bien connu des intervenants du milieu de l’éducation est basé sur les «5C». Une bonne règle doit être Claire, Connue à l’avance, Constante, Cohérente et Conséquente

La gestion d’une crise aussi complexe ne peut se réduire à une simple question de pratiques éducatives. Mais je crois toutefois que l’application de la règle des 5C pourrait susciter davantage d’adhésion aux mesures proposées. 

Claire et connue

La COVID étant ce qu’elle est, il est difficile de faire des prédictions. Mais après un an, on devrait avoir retenu les leçons du passé. Hélas, encore aujourd’hui, les règles ne sont pas toujours claires, et encore moins connues à l’avance. On cherchera en vain leur justification scientifique. Elles apparaissent en conséquence arbitraires et basées sur l’émotion du moment. 

De même, l’ajout de restrictions basées sur des dates («juste un petit 28 jours») peut à première vue sembler une bonne solution, car on indique à l’avance ce qui adviendra des restrictions. Mais il vaudrait mieux établir les règles en se basant sur l’état actuel de contagion de la COVID, comme le font certains pays, plutôt qu’à l’aveuglette et selon des critères opaques, en fonction du calendrier. 

Constante

Une bonne règle est une règle constante. Elle s’applique de la même façon, peu importe nos humeurs, nos craintes ou nos envies: d’un parent à l’autre, d’une situation à l’autre.

Dans le cas de la COVID, les volte-face et les contradictions font passer le gouvernement pour une mauvaise troupe d’impro. Le mardi matin, le Québec «résistait», à une troisième vague. Le mercredi soir, le même gouvernement peinturait plusieurs régions au «rouge foncé». Ajoutons à cela les nombreux avis divergents, selon qu’on écoute le premier ministre Legault, le Dr Arruda, la Dre Drouin ou l’INSPQ. Par manque de cohésion, on ferme les salles à manger mais pas les églises; on interdit les déplacements entre régions mais pas le transfert de personnel entre CHSLD.

Cohérente

Vient ensuite la cohérence. Sur le site Parents positifs, on peut lire: «En grandissant, les enfants décèlent rapidement les incohérences dans les comportements de leurs parents. “Fais ce que je dis et non ce que je fais”, voilà un exemple d’incohérence.»

Ici et ailleurs, plusieurs décideurs n’ont pas appliqué pour eux ce qu’ils demandent aux autres. Souvenons-nous des premiers moments de la crise: le fameux trio santé, bras dessus bras dessous, bafouant la distanciation de 2 mètres qu’ils prônaient pourtant pour nous tous. 

Encore récemment, une rencontre à Québec réunissait plusieurs politiciens sans masque à l’intérieur d’un édifice public. Sans oublier ces élus qui ont fêté Noël sous les cocotiers... 

Conséquente

Finalement, une bonne règle est assortie de conséquences justes et proportionnelles à la «faute». Avec le couvre-feu, les gens qui se font pincer à 20h02 dans leur quartier reçoivent une même contravention que ceux qui se réunissent à 25 dans le 2 1/2 d’une octogénaire asthmatique. D’autant que la «dangerosité» d’une promenade en solo la nuit ne repose sur aucune donnée scientifique. Une amende de 1500$ pour un risque virtuellement nul...

On pourrait objecter que la règle des 5C pousse encore plus loin l’infantilisation des rapports sociaux sévissant actuellement. Évidemment, rien n’est si simple. Je pense toutefois que son application favoriserait un rapport plus respectueux du réel et de l’intérêt général. 

La règle des 5C obligerait l'«adulte» qu’est l’État à avoir un comportement irréprochable et encouragerait les citoyens à se responsabiliser, en toute liberté de conscience, suivant des règles dont ils comprennent le sens et acceptent la légitimité. 

Jean-Nicolas Carrier

Psychologue en milieu scolaire

Montréal

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