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Le Québec s’américanise

Drapeau Quebec flag fleurdelysé

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Le journal Le Devoir faisait paraître, le 13 avril dernier, dans sa section Idées, un texte de Miriame Kaba, une Américaine se définissant à la fois comme militante, chercheuse et autrice. D’abord paru dans la revue À Babord !, ce texte, qui s’inscrit dans la mouvance du mouvement Defund the police, est présenté sans aucun contexte et sans aucune référence, nous laisse croire qu’il a été écrit en s’inspirant de la situation québécoise.  

Mme Kaba y fait plutôt référence aux événements tragiques qui se déroulent trop souvent chez nos voisins du sud entre les forces de l’ordre et les communautés noires. Je ne m’étendrai pas sur le contenu du texte lui-même, mais plutôt à la réflexion que sa publication m’inspire. 

En présentant ce texte, qui ne contient aucune référence directe aux États-Unis, sans mise en contexte, Le Devoir laisse sous-entendre que la situation décrite est celle du Québec. 

Ce texte est pour moi le reflet une situation qui a cours depuis plusieurs années déjà et qui va en s’intensifiant : le Québec s’américanise, particulièrement par la voie de nos élites médiatiques et universitaires. Une part de plus en plus importante de notre élite médiatique est colonisée mentalement par la puissance américaine, reprenant les discours et théories qui y émergent. Pire encore, on les applique trop souvent telles quelles à la société québécoise, sans se questionner et sans y apporter les nuances nécessaires. 

Influencés par la culture américaine

Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas la culture canadienne-anglaise qui a la plus grande influence sur nous, mais bien la culture américaine. Cependant, la différence au niveau du discours médiatique est majeure : alors que le grand public est influencé par des contenus culturels de différents genres, une part grandissante de nos médias ne s’abreuve pas aux idéologies américaines de façon large, mais relaie un seul discours, présenté comme le seul possible, soit celui d’une certaine gauche qui analyse la société sous l’angle de la domination raciale blanche. 

Cet angle d’analyse est appliqué de façon intégrale au Québec, comme si on pouvait importer une théorie issue d’une société particulière en la plaquant telle quelle à la société québécoise. Pire encore, quiconque s’oppose ou remet en question ce discours doit s’attendre à être absent de l’espace médiatique ou à s’y faire inviter comme repoussoir plutôt que par réel intérêt pour le débat, si nécessaire à une société démocratique. 

Colonisation mentale

Cette fermeture à tout autre discours que celui que l’on retrouve de plus en plus dans nos grands médias porte un nom : la colonisation mentale. Nos médias s’enferment dans une pensée unique venant des États-Unis dont ce texte paru dans Le Devoir n’est que l’exemple le plus récent. Le plus ironique dans tout cela, c’est que ces élites médiatiques, dont plusieurs s’autoproclament dotés des plus grandes vertus d’ouverture sur le monde, ne montrent que peu d’ouverture aux discours dérogeant de la bien-pensance actuelle. 

En enfermant le discours dans une pensée unique, rendant plutôt rares les échos venant d’ailleurs, tant à l’écrit qu’à la télévision ou la radio, plusieurs citoyens décrochent. C’est le phénomène de l’algorithme Facebook appliqué à l’espace public : les médias se renvoient de plus en plus l’écho des gens qui pensent comme eux. 

Nos élites médiatiques ne s’anglicisent pas, elles s’américanisent. Notre cheminement comme société francophone minoritaire en Amérique est unique, tout comme l’est celui de la société américaine, fondamentalement différente de la nôtre. Il serait temps qu’on recommence à nous présenter autre chose que des points de vue et des analyses tirés des théories d’une certaine frange de la gauche américaine, qu'on tente d'appliquer telles quelles à la société québécoise. Le monde est bien plus vaste que les seuls États-Unis. 

Caroline Labelle, Montréal

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