/news/society

Le télétravail, bonheur ou calamité?

Dossier sur les effets du télétravail

Photo d'archives

Afin de tenter de contenir la pandémie, les gouvernements, autant fédéral que provincial, souhaitent encourager le télétravail pour plusieurs mois. Loin de s’en plaindre, la grande majorité des employés et travailleurs concernés se satisfait de cette nouvelle réalité. Mais le télétravail n’est pas une situation idéale pour tout le monde.

• À lire aussi: COVID-19 et travail: pas de retour à la normale avant 2022, estiment les Canadiens

• À lire aussi: Fermeture prolongée des écoles: des parents découragés, mais résignés

• À lire aussi: La grogne prend de l’ampleur à force de changements

Employée dans la fonction publique, Brittany L. (nom fictif) n’a jamais réussi à apprécier les joies du télétravail.

«Tout est plus compliqué, notamment les interactions avec les collègues, détaille-t-elle. Je fais beaucoup de coordination dans mon travail, et si je ne peux pas joindre les gens, c’est un problème. Ce qui était rapide auparavant – je me levais pour aller directement poser ma question à la personne concernée! – prend un temps fou aujourd’hui. Ce n’est vraiment pas efficace.»

Plus sociable 

Même si elle ne bosse nécessairement plus d’heures, le fait d’avoir son ordinateur dans son champ de vision en permanence l’entraîne à penser davantage à son boulot.

«Il n’y a plus de coupure entre le bureau et la maison. Quand j’allais au bureau, j’avais une demi-heure de transport en bus. Le matin, j’en profitais pour prendre mes courriels et lire les journaux. Le soir, je marchais depuis le métro et j’en profitais pour faire des courses pour le souper. Cette promenade était comme un sas entre le travail et la maison, c’était très agréable.»

Après un an en télétravail, seule dans son appartement montréalais, Brittany s’est rendu compte qu’elle est finalement plus sociable qu’elle ne le croyait.

«J’ai toujours pensé que j’étais assez "sauvage" et que j’appréciais assez peu mes collègues. Mais j’ai découvert que j’appréciais ces interactions bien plus que je ne le pensais. Je travaille au centre-ville, dans un milieu exclusivement féminin, et j’aimais bien les bavardages du lundi matin. Je me suis longtemps définie comme solitaire, mais je passais mon temps à voir des gens, rencontrer des amis, sortir avec des copines. Aujourd’hui, je sais ce que c’est, la solitude, passer des journées sans voir personne. C’est très long et pas toujours agréable.»

Nouveau modèle 

En revanche, les témoignages d’employés contents de travailler de la maison ont été nombreux sur notre page Facebook lorsque la question a été posée.

«J’aime beaucoup le télétravail, a écrit Isabelle L. Ça me prenait presque trois heures de transport en commun par jour. J’économise du temps et j’adore travailler dehors durant l’été.»

De son côté, Marie-Pierre Emeric affirme que sa santé est aussi meilleure depuis qu’elle est en télétravail.

«Je suis moins fatiguée, plus efficace et plus productive. C'est aussi plus économique et plus écologique.»

Qu’on affectionne ou pas le fait de travailler en pantoufles à la maison, le modèle est là pour durer, selon Manon Poirier, directrice générale du CRHA (Ordre des conseillers en ressources humaines agréés).

«Il y a désormais une prépondérance de gens qui souhaiterait une formule hybride, avec des jours en télétravail et d’autres jours au bureau. Ce nouveau modèle reste quand même à définir. Mais il faut avoir une raison pour ramener les gens au bureau. Si c’est pour les asseoir derrière leur ordinateur portable, comme à la maison, ce ne sera pas intéressant. S’il y a une valeur ajoutée, comme une rencontre avec des coéquipiers pour un projet, par exemple, les gens vont mieux comprendre la valeur de leur présence. Les prochains mois vont être le moment de décision pour beaucoup d’organisations par rapport à leur politique de télétravail.»

Les conditions gagnantes pour un télétravail optimal 

Si on évacue les conditions techniques (une bonne connexion Internet, un fauteuil ergonomique, un espace dédié dans la maison...), le télétravail peut s’avérer une formule intéressante.

«Il faut toutefois que les employés s’autodisciplinent. Il est très facile de remplacer le temps de transport ou l’heure du dîner par du temps de travail. C’est un phénomène assez répandu», explique Manon Poirier.

Il est aussi important que les gestionnaires discutent avec leurs employés des questions d’hyperconnectivité, du fait qu’il n’y a pas d’exigence à être disponible à tout moment.

«Ce n’est pas parce que tu n’es pas présent au bureau que tu dois penser devoir être disponible en tout temps.»