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10e féminicide: une mère de famille «qui incarnait la joie de vivre»

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Photo tirée de Facebook

Une mère de famille « qui incarnait la joie de vivre » et qui travaillait dans une résidence pour personnes âgées est la 10e victime d’un féminicide en 10 semaines au Québec. 

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« On ne pouvait pas ne pas l’aimer », a raconté avec un trémolo dans la voix Josée Marleau, qui travaillait avec Dyann Serafica-Donaire depuis plus d’un an à la cafétéria de la maison de retraite Sélection de L’Île-des-Sœurs, à Montréal. 

La femme de 38 ans de Mercier, en Montérégie, avait confié à quelques-uns de ses collègues que son couple battait de l’aile. 

« Je ne l’ai jamais vu triste. Jamais », s’est remémorée Josée Marleau, qui restera longtemps hantée par son dernier quart de travail avec elle. 

Collègues et voisins s’expliquaient mal ce qui a pu traverser l’esprit de Richard West, 50 ans, quand il a tué sa conjointe des dernières années avant de s’enlever la vie dans leur résidence de la rue Beauchemin, à Mercier, sur la Rive-Sud de Montréal. 

Plus heureuse au travail  

Le meurtre de Dyann Serafica-Donaire a imposé un fort déploiement policier.

Photo Agence QMI, Thierry Laforce

Le meurtre de Dyann Serafica-Donaire a imposé un fort déploiement policier.

Mercredi dernier, alors que le repas était terminé, la mère de quatre enfants a insisté pour défaire la table, même si cela ne faisait pas partie de ses tâches et qu’elle avait la permission de retourner chez elle. 

Décrite comme généreuse et très vaillante, cette cuisinière de talent avait d’ailleurs l’habitude de faire des heures supplémentaires sans qu’on lui demande. 

« Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis qu’elle ne voulait probablement pas aller chez elle. Elle était plus heureuse au travail qu’à la maison », a déduit Mme Marleau, qui s’en veut de n’avoir rien vu. 

Le choc est aussi dur à encaisser au sein de la diaspora philippine, à laquelle elle était très attachée, bien qu’elle était bien intégrée au Québec. 

« La dernière fois que je l’ai vue, c’était au début de la pandémie, quand elle avait donné 100 gâteaux pour des familles philippines dans le besoin », s’est souvenue une proche connaissance, qui ne veut pas être identifiée par respect pour la famille. 

Les voisins n’ont rien vu  

Dans le voisinage, même si on connaissait le couple seulement de vue, l’incompréhension était totale samedi.

« À la télé, on dit que ça arrive souvent avant un drame conjugal que la police a eu souvent à se déplacer sur place, mais là, il n’y avait jamais eu une voiture de police ici avant », a témoigné Danielle Gagnon, à court de mots face à une telle horreur. 

Les circonstances du crime n’ont pas été précisées et la Sûreté du Québec poursuit son enquête. 

Les 9 autres féminicides de 2021  

5 février Elisapee Angma, 44 ans

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La mère de Kuujjuaq aurait été tuée par son ex-conjoint violent deux semaines après qu’il eut été libéré sous caution. La poursuite s’était opposée à sa remise en liberté puisqu’il avait bafoué à répétition l’interdit de contact. Thomassie Cain, 41 ans, s’est suicidé après le meurtre.

21 février — Marly Edouard, 32 ans

PH-Instagram Marly Edouard

Photo tirée de Instagram

Elle a été abattue d’une balle à la tête dans le stationnement de son domicile, à Laval. Deux jours plus tôt, elle avait téléphoné au 911 afin de déposer une plainte contre l’ex-conjoint de sa nouvelle blonde.

L’auteur du meurtre n’a toujours pas été épinglé.

23 février — Nancy Roy, 44 ans

Nancy Roy

Photo courtoisie, Ghislaine Roy

La mère de deux enfants a été poignardée à mort dans son logement de Saint-Hyacinthe. Depuis le début de sa relation avec Jean-Yves Lajoie, la mère de Nancy Roy craignait le côté possessif et jaloux de cet homme âgé de 57 ans. Ce dernier a été accusé du meurtre.

1er mars — Sylvie Bisson, 60 ans et Myriam Dallaire, 28 ans 

Sylvie Bisson Myriam Dallaire

Capture d'écran, Le Nécrologue

Myriam Dallaire et sa mère Sylvie Bisson ont été brutalement tuées à coups de hache dans leur résidence de Sainte-Sophie, dans les Laurentides.

Benjamin Soudin, qui était en couple jusqu’à tout récemment avec Myriam et avec qui il avait un enfant, fait face à deux chefs d’accusation de meurtre non prémédité.

L’homme de 33 ans a des antécédents criminels, notamment en matière de violence conjugale.

18 mars — Carolyne Labonté, 40 ans

Éric Levasseur et Carolyne Labonté

Photo courtoisie

Elle a été retrouvée sans vie dans sa résidence de Notre-Dame-des-Monts, dans la région de Charlevoix. Après quatre semaines d’enquête, la Sûreté du Québec a épinglé son conjoint, Éric Levasseur. L’homme de 46 ans a été accusé de meurtre non prémédité.

19 mars — Nadège Jolicœur, 40 ans

Nadège Jolicoeur

Photo courtoisie

Elle a été poignardée à mort dans le véhicule de taxi de son conjoint, Enock Fenelon, dans l’arrondissement de Saint-Léonard. Ce dernier s’est ensuite enlevé la vie à l’aide de son couteau. Nadège Jolicoeur laisse dans le deuil 5 enfants.

23 mars — Rebekah Harry, 29 ans

Rebekah Harry

Photo tirée de Facebook

La mère d’un jeune garçon a succombé à ses blessures trois jours après avoir été sauvagement battue à coups de poing par son conjoint, Brandon McIntyre, à LaSalle. L’homme de 32 ans a été accusé pour ce meurtre ainsi que de voies de fait sur une autre personne.

25 mars — Kataluk Paningayak, 43 ans 

victime

Photo courtoisie

Elle et son conjoint ont été retrouvés inanimés dans une résidence d’Ivujivik, dans le Nord-du-Québec. L’autopsie a révélé que la femme avait été assassinée. La mère de six enfants aurait été tuée par son conjoint, qui s’est ensuite enlevé la vie.

Les « contrôlants » prennent plus de place  

Le Québec vient d’atteindre en à peine quatre mois ce qui est normalement la moyenne annuelle de féminicides : un effet collatéral de la pandémie, selon les groupes qui luttent contre la violence conjugale. 

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale s’attendait à une montée des actes violents durant la pandémie, mais jamais à pareille hécatombe. 

« Le confinement a permis aux conjoints contrôlants de prendre plus de place », note avec désolation la présidente de l’organisme, Chantal Arseneault. 

Cette dernière insiste d’ailleurs sur cette notion de contrôle, qui est plus souvent précurseur aux drames conjugaux que la violence physique, contrairement à ce qu’on pourrait croire. 

Plus de vigilance  

Elle appelle les proches à être plus attentifs aux premiers signes insidieux de ce type de violence psychologique. 

« Quand il fouille dans son cellulaire, quand elle raccroche au téléphone lorsqu’il arrive dans la pièce, quand elle change de comportement avec lui... », énumère Mme Arseneault, qui rappelle que des ressources existent pour les femmes qui s’en estiment victimes. 

Plus achalandées depuis le début de la crise sanitaire, les maisons d’hébergement manquent cependant de places par les temps qui courent, s’indigne Chantal Arseneault. 

Nouvelles mesures  

Interpellée sur le manque de moyens offerts à ces organismes, la ministre responsable de la Condition féminine a laissé entendre samedi que de nouvelles mesures allaient bientôt être annoncées. 

« Notre gouvernement continue le travail pour proposer rapidement des solutions à cette crise préoccupante », a écrit Isabelle Charest sur sa page Twitter. 

D’ici là, cette autre pandémie ne semble pas être prête à se résorber. 

Samedi après-midi, une femme de 34 ans a dû être transportée à l’hôpital à la suite d’une agression armée à Longueuil.


Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010 ou consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE

Ligne québécoise de prévention du suicide • www.aqps.info • 1 866 APPELLE (277-3553)    

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