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Saint-Bruno-de-Montarville mise en demeure par ses citoyens

Photo Agence QMI, Mathieu Ste-Marie

Des citoyens de Saint-Bruno-de-Montarville mettent leur Ville en demeure pour l’empêcher de délivrer un permis à la Coopérative funéraire du Grand Montréal pour la construction d’un crématorium à deux pas d’un quartier résidentiel.

Ceux-ci reprochent au conseil municipal de contrevenir à son règlement en voulant autoriser la construction de ce bâtiment, qui deviendra le siège social de l’entreprise, sur un terrain zoné «commerce de voisinage».

«Un commerce de voisinage, c’est un dépanneur, une épicerie ou une pharmacie, pas un crématorium», déplore Robert Forget, directeur recherche et communications de l’organisme Citoyens opposés aux crématoriums adjacents aux résidences et habitations (COCARH).

En plus de nombreuses salles de service funéraire, il est prévu que ce crématorium compte deux incinérateurs - peut-être trois - dont les quelque 6000 à 9000 crémations par année engendreraient des émanations toxiques pouvant causées un tort important à la population, s’inquiète M. Forget.

«Les incinérateurs émettent des particules fines qui pénètrent profondément dans les poumons, des dioxines qui peuvent provoquer des malformations congénitales et du mercure qui est toxique pour la santé et qui s’accumule dans l’environnement.»

De plus, les dangers d’incendies, d’explosions et de radioactivités sont bien documentés pour les crématoriums, dit-il.

Le groupe de citoyens demande donc à la Ville de permettre la construction du crématorium seulement dans un quartier industriel, à bonne distance des résidences.

«Nous ne sommes pas contre la crémation, mais il faut que ce soit fait au bon endroit. Si c’était seulement un salon funéraire, on ne dirait rien», affirme la présidente du regroupement de citoyens, Andrée Leblanc.

La bataille des citoyens contre la construction de ce bâtiment ne date pas d’hier. Dès le moment où le projet a été dévoilé à l’automne 2019, les Montarvillois se sont mobilisés. En quelques mois, ils ont réussi à faire reculer la Ville qui avait pourtant approuvé toutes les étapes du projet.

Ainsi, le 27 janvier 2020, Saint-Bruno-de-Montarville a refusé le plan d’implantation et d’intégration architecturale à la Coopérative funéraire du Grand Montréal (CFGM) plaidant notamment l’absence d'acceptabilité sociale.

Devant ce refus, le CFGM a poursuivi la Ville. Le 31 janvier dernier, la juge a rendu une décision en faveur de la Coopérative et ordonné à Saint-Bruno-de-Montarville «de procéder au traitement immédiat de la demande de permis de construction».

La Ville a mentionné qu’elle se «conformera avec rigueur» à cette décision.

Invité à réagir à la mise en demeure, le maire, Martin Murray, n’a pas voulu émettre de commentaire puisque ce dossier est judiciarisé.

Une règlementation provinciale exigée

Les citoyens entendent poursuivre leur pression sur la municipalité. Dans le dernier mois, trois manifestations ont eu lieu et une pétition de 1200 noms circule.

Si la Ville ne répond pas à la mise en demeure, le groupe de citoyens n’hésitera pas à la poursuivre en justice.

Les citoyens espèrent que leur combat puisse avoir des échos ailleurs au Québec.

«Nous voulons que la situation soit corrigée à travers le Québec, que le règlement change. Le ministère de l’Environnement et les villes se renvoient constamment la balle», dénonce Mauricio Piamonte, un membre de COCARH.

Le regroupement demande notamment aux autorités publiques d’établir une zone tampon minimale de 1000 mètres entre les crématoriums et les quartiers résidentiels.

Selon Mauricio Piamonte, 38 des 86 crématoriums au Québec se situent à moins de 20 mètres des résidences et 76 de ces bâtiments sont à moins de 300 mètres des habitations.