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Télétravail: «Un danger» de dévitalisation pour les centres-villes

Line Lamarre

Photo Chantal Poirier

Même si la relocalisation d’emplois gouvernementaux en région vient avec son lot d’avantages pour les fonctionnaires, ce mouvement, qui est déjà amorcé dans certains ministères, risque d’accentuer la dévitalisation des centres-villes.

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« C’est un danger », signale la présidente du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Line Lamarre.

Le gouvernement devra donc « jouer de justesse » pour ne pas « dégarnir » les centres-villes, déjà lourdement affectés par les effets négatifs de la pandémie.

« Le nombre de pieds carrés à Montréal va diminuer, il y a toute une réflexion à y avoir », croit Mme Lamarre.

Pour atteindre cet équilibre, Québec aurait tout intérêt par exemple à repenser le concept de prime d’éloignement, suggère la leader syndicale.

Si les coûts excessifs des biens et services essentiels dans certaines régions justifient d’offrir des conditions de travail particulières pour rendre ces emplois plus attrayants, il faudrait réfléchir tout autant au coût de la vie dans les grands centres. 

« Vivre au centre-ville, ce n’est presque plus accessible avec un salaire de fonctionnaire. Il faudrait changer l’appellation de la prime d’éloignement pour celle de prime de coût de vie », propose la présidente du SPGQ.

Un mouvement déjà amorcé

Bien que la pandémie ait retardé momentanément la relocalisation de postes de fonctionnaires des grands centres vers les régions, le mouvement s’amorce au sein de l’appareil gouvernemental québécois.

Pour la présidente du SPGQ, il apparaît évident que le télétravail viendra « faciliter l’atteinte de l’objectif » que le gouvernement s’est fixé.

« Ça va, en même temps, faciliter la vie de nos membres, c’est donc gagnant-gagnant », considère Mme Lamarre.

Il faudra toutefois que le gouvernement parvienne à offrir un lien informatique « stable » en région, ce qui demeure « le défi numéro 1 ».

Elle craint aussi qu’en toile de fond, on assiste au « démantèlement subtil de l’État », causé notamment par le recours à la « sous-traitance, qui augmente en flèche ».

Plutôt que de déplacer « des morceaux de ministères », le gouvernement devrait d’abord travailler à « déplacer des travailleurs », croit par ailleurs Mme Lamarre.

« Ils pourraient très bien ouvrir des bureaux multi-ministères, multi-organismes, où les travailleurs auraient la liberté d’aller », suggère le SPGQ.

Un impact négligeable

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, estime pour sa part que l’impact sera négligeable pour les grandes villes.

« On ne parle pas d’un pourcentage si important [d’emplois qui seront régionalisés]. Mais pour des régions et même des villages, d’avoir une ou deux familles qui se rajoutent, ça fait toute une différence », insiste-t-il. 

M. Demers signale que l’exode rural demeure un phénomène « beaucoup plus important » que le retour de fonctionnaires en région.

Une promesse détournée ?   

Les syndicats et le Parti québécois craignent que le gouvernement détourne l’esprit de sa promesse électorale en comptabilisant, parmi les 5000 emplois de fonctionnaires qui seront régionalisés, ceux qui ont été relocalisés en banlieue. La ministre Sonia LeBel assure que non.

Selon la présidente du Conseil du trésor, depuis les dernières élections générales, environ 400 postes de fonctionnaires ont été régionalisés.

En novembre dernier, une première compilation obtenue par le Parti québécois à la suite d’une demande d’accès à l’information faisait état d’un peu moins de 300 effectifs régionalisés depuis le début du mandat. De ce nombre, on en retrouve une centaine en Montérégie et une cinquantaine dans les Laurentides.

« Ça ne marche pas », considère le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, qui rappelle que ce n’était pas du tout le sens de l’engagement qu’avait pris François Legault devant la Fédération québécoise des municipalités (FQM), à l’automne 2018.

« Quand on parlait de 5000 fonctionnaires en région, c’était des fonctionnaires qui viendraient travailler en région », se souvient d’ailleurs le président de la FQM, Jacques Demers. 

« On ne voudrait vraiment pas que (la réalisation de la promesse électorale) soit maquillée par du télétravail », a-t-il prévenu.

« Saint-Jérôme, ce n’est pas une région, c’est une banlieue de Montréal. La Montérégie, c’est la banlieue sud, a observé dans le même sens le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Christian Daigle. [...] Il ne faut pas détourner des promesses qu’on fait. »

Plus de services en région

« Moi, ce que je comprenais, c’est qu’on voulait redonner des services en région », a ajouté le chef syndical. « Pourquoi est-ce que les citoyens de Saguenay, Sept-Îles, Baie-Comeau, Gaspé et des autres régions ont moins de services publics alors qu’ils paient les mêmes impôts ? » a-t-il observé.

Or, c’est précisément ce que promet la ministre LeBel. Si des postes transférés en Montérégie et dans les Laurentides ont été comptabilisés jusqu’à maintenant par le Conseil du trésor, c’est que le plan de régionalisation officiel n’a pas encore été lancé. Ce sera fait avant l’été, promet-elle.

Le portrait actuel n’a « pas été fait dans l’effort contrôlé du plan de régionalisation qu’on se prépare à mettre en place », a-t-elle expliqué. Elle assure que les 5000 postes seront transférés de façon ciblée, dans « des régions où on a besoin de développer une expertise et où les retombées socioéconomiques sont les plus grandes », a dit Mme LeBel.

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