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Une fillette enlevée à la demande de sa mère retrouvée en Suisse

 Mia, une fillette de huit ans kidnappée mardi dans l'est de la France à la demande de sa mère, a été retrouvée dimanche dans un squat en Suisse au terme d'un rocambolesque enlèvement de type «militaire».

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La petite fille, retrouvée saine et sauve après cinq jours d'intenses recherches, avait été enlevée sans violence mardi par trois hommes alors qu'elle était hébergée chez sa grand-mère maternelle aux Poulières, un village des Vosges.

Mia et sa mère Lola Montemaggi, une femme de 28 ans qui n'avait plus le droit de voir sa fille seule depuis une décision de justice en janvier, ont été interceptées par les enquêteurs dimanche matin dans une usine désaffectée de la commune de Sainte-Croix, dans le canton suisse de Vaud.

Suspects

Cinq hommes soupçonnés d'avoir participé à l'enlèvement ont été inculpés, quatre d'entre eux étant écroués, selon le parquet de Nancy. Ils se revendiquent de la mouvance anti-système et avaient présenté des papiers falsifiés à en-tête du ministère de la Justice, se faisant passer pour des représentants de la protection de l'enfance.

Les ravisseurs ont «reconnu les faits» et affirmé avoir agi à la demande de la mère.

Ils sont poursuivis pour «enlèvement en bande organisée d'une mineure de (moins de) quinze ans et association de malfaiteurs», a précisé le procureur de la République de Nancy François Pérain.

Le rapt a été conçu «comme une opération de type militaire», avec même un nom de code - «Opération Lima» -, a expliqué à la presse le procureur. Il a indiqué que Mia serait rendue à sa grand-mère.

Les cinq suspects se sont «rencontrés via les réseaux sociaux et partagent une même communauté d'idées», a expliqué le magistrat. «Ils sont contre l'État et mobilisés contre ce qu'ils appellent la dictature sanitaire».

Quatre d'entre eux, âgés de 23 à 60 ans et sans antécédents judiciaires, ont été arrêtés mercredi et jeudi à Paris et aux alentours, ainsi que dans l'est de la France. Un cinquième homme de 43 ans a été interpellé vendredi dans l'est.

«Plutôt insérés socialement», ils n'étaient «pas connus de la justice» et avaient pour pseudos «Jeannot», «Pitchoune», «Le Corbeau» ou «Bruno». Un sixième, «Basile», est recherché, a indiqué le procureur.

L'un d'eux, surnommé «Bouga» sur les réseaux sociaux et en lien avec Lola Montemaggi par ce biais, avait mobilisé l'équipe pour «aider» la jeune femme.

Il avait «acheté des walkies-talkies et des téléphones portables» tandis qu'un «budget de 3 000 euros a été dégagé pour assurer les frais courants, l'essence, les péages...» et apporter un petit pécule à la mère, toujours selon le procureur.

Les ravisseurs ont fait du camping sauvage, maquillé les plaques d'immatriculation des trois véhicules utilisés pour le rapt, présenté à la grand-mère de fausses convocations pour la convaincre de leur remettre l'enfant...

Trois d'entre eux ont franchi mardi la frontière franco-suisse à pied, marchant pendant deux heures avec la mère et l'enfant qu'ils ont portée à tour de rôle.

Une fois la frontière passée, un homme surnommé Roméo a pris en charge Mia et sa mère à bord d'une Porsche Cayenne pour les conduire dans un hôtel d'Estavayer-le-Lac, dans le canton de Fribourg, où elles ont passé une nuit.

Ce Français qui réside à Fribourg a été interpellé samedi par les autorités helvétiques et fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen de la justice française.

La mère et l'enfant ont ensuite pris un taxi pour Neuchâtel où une femme, «sympathisante du mouvement», les a hébergées la nuit suivante avant de les conduire à Sainte-Croix, toujours selon le procureur de Nancy.

L'arrestation de Lola Montemaggi, conduite par des enquêteurs suisses cagoulés et arrivés à bord de deux fourgons, a été très rapide, elle-même restant très calme alors que Mia hurlait, ont indiqué des témoins à un photographe de l'AFP.

«Près de deux cents gendarmes» sont intervenus dans cette enquête, a souligné le procureur.

La France a demandé l'extradition de la jeune femme, a indiqué à l'AFP Jean-Luc Mooser, procureur du canton de Fribourg.

«C'est un énorme soulagement. C'est la fin de nuits d'angoisse et de crainte pour la vie de notre petite fille, notamment en raison des engagements extrémistes des ravisseurs», ont réagi ses grands-parents paternels par l'intermédiaire de leur avocat.