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Des vignerons d’ici veulent légaliser la vraie piquette

La vigneronne urbaine Véronique Lemieux m’a convié sur son balcon pour déguster une piquette réalisée avec son voisin.

Photo Louis-Philippe Messier

La vigneronne urbaine Véronique Lemieux m’a convié sur son balcon pour déguster une piquette réalisée avec son voisin.

Des vignerons d’ici veulent réhabiliter une ancienne boisson populaire bon marché : la piquette. Du mauvais vin, vous pensez ? Je suis allé en déguster.

Discrédité en Europe parce que bu traditionnellement par les ouvriers, ce produit secondaire de la vendange connaît une renaissance fulgurante dans le monde anglo-saxon, mais demeure interdit de commercialisation au Québec.

Si en français le mot en est venu à désigner le mauvais vin, la piquette était à l’origine une autre boisson, deux fois plus légère en alcool, obtenue en réhydratant le marc de raisin après l’avoir pressé.

 « C’est écologique, la production de piquette, ça réutilise une ressource, le marc de raisin, ça lui donne une deuxième vie, une utilité après le pressage », m’explique la vigneronne urbaine Véronique Lemieux, qui travaille à réaliser le premier vin 100 % montréalais cultivé sur les toits et vinifié en ville.

Mme Lemieux m’a convié sur son balcon (à deux mètres !) devant le mont Royal pour déguster deux piquettes maison réalisées à partir de ses « raisins urbains » et aromatisées par les petits fruits qu’elle cultive sur son propre toit-jardin. C’est effervescent, acidulé, savoureux, sec.

« C’est idéal pour les pique-niques lorsqu’il fait chaud et c’est à seulement 6 ou 7 % d’alcool », commente-t-elle.

 « C’est fou de penser que ce produit traditionnel vieux comme le monde s’est perdu », s’exclame celle qui souhaite y incorporer des saveurs d’herbes sauvages cueillies à Montréal.

Résurrection aux États-Unis 

Ironiquement, de par sa consonance française, le mot « piquette » charme les oreilles anglaises. Le vignoble Benjamin Bridge en Nouvelle-Écosse commercialise déjà en cannette une piquette très populaire sous le nom de... Piquette.

Aux États-Unis, en Australie, la mode de la piquette s’affirme de plus en plus.

Le magazine Madame Figaro consacrait cet hiver un reportage à cette résurrection qui est en train de gagner la France elle-même... où la piquette est également interdite de commercialisation depuis 1907.

Pourquoi ? En un mot : pour éviter le « mouillage », soit l’ajout d’eau.

Vente interdite ici 

Au Québec, pas question de mouillage, donc... pas de piquette. Du moins, on ne peut pas la vendre. 

« J’ai une cuve de 3300 litres pleine de piquette que je ne peux pas commercialiser sous ce nom », raconte Stéphane Lamarre, militant propiquette et propriétaire du vignoble Château de cartes, à Dunham, en Montérégie.

Le propriétaire du domaine Château de cartes, Stéphane Lamarre, a une cuve pleine de 3300 litres de piquette rouge à la pomme qu’il ne peut pas vendre sous ce nom pour l’instant.

Photo courtoisie, Stéphane Lamarre

Le propriétaire du domaine Château de cartes, Stéphane Lamarre, a une cuve pleine de 3300 litres de piquette rouge à la pomme qu’il ne peut pas vendre sous ce nom pour l’instant.

Pour éviter d’affronter la loi, M. Lamarre, qui possède aussi des vergers, a utilisé du jus de pomme pour réhydrater son marc de raisin.

« La Régie des alcools m’oblige à commercialiser ma piquette comme étant un vin léger aromatisé, ce que je trouve mensonger. »

À tout curieux de ce qu’est la piquette et désireux d’en parler, il propose des échantillons.

« C’est important de démystifier la piquette, insiste-t-il. Son interdiction de commercialisation est une absurdité sachant qu’elle est disponible aux États-Unis et ailleurs au Canada. »