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Cégep: 101 mots pour que le français soit la langue des générations futures

Photo courtoisie

Des voix se multiplient pour que l’obligation pour les jeunes Québécois et Québécoises qui ont reçu l’enseignement en français de poursuivre dans la même langue leurs études dans les collèges et d’enseignement général et professionnel (Cégeps).  

Mon expérience de professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal m’a convaincu de la nécessité d’une telle mesure pour que la langue française devienne véritablement la langue commune des générations futures du Québec. 

L’anglais gagne du terrain

La multiplication des demandes de rédaction de travaux et examens en anglais et l’utilisation grandissante de la langue anglaise dans les échanges entre étudiants à l’extérieur des salles de cours dans une faculté de droit de langue française m’ont permis de constater que la langue anglaise est en voie de devenir la langue dans laquelle les francophones et allophones préfèrent communiquer entre eux ainsi qu’avec les étudiants anglophones.  

Mes discussions avec les jeunes juristes de ma faculté m’ont aussi permis de comprendre que la fréquentation des cégeps anglophones avait une influence déterminante dans le choix, tant chez les francophones que les allophones, de langue dans laquelle on pense, on lit ou l’on écrit... et l’on oriente sa future carrière professionnelle et sa vie personnelle. 

Le temps est venu de légiférer pour que le français devienne la langue normale et habituelle de l’enseignement collégial et que les générations futures puissent contribuer à ce qu’elle continue d’être la langue distinctive d’un peuple québécois majoritairement francophone susceptible de lui permettre d’exprimer son identité. 

J’ai fait un exercice de rédaction législative qui révèle que l’ajout d’à peine 101 mots pourraient contribuer à ce que le français demeure la langue commune des générations futures du Québec.  

Modifier la charte

Il s’agira de modifier l’article 72 de la Charte de langue française pour y insérer une référence aux cégeps et d’ajouter un article pour identifier les étudiants qui pourront recevoir l’enseignement collégial en anglais.  

Ces ajouts devraient être accompagnés de règles voulant que l’enseignement en anglais dans les cégeps de langue française ne soit pas empêché. Il sera en revanche important de prévoir, comme le fait l’article 84 pour les études secondaires, qu’un diplôme ou un certificat d’études collégiales ne puisse être délivré à l’étudiant qui n’a du français, parlé ou écrit, la connaissance exigée par les programmes du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la technologie. Voici, en caractères gras et en italique, les 101 mots qui pourraient faire toute la différence :  

72. L’enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires et dans les collèges d’enseignement général et professionnel sous réserve des exceptions prévues au présent chapitre. [....] 

Le présent article n’empêche pas l’enseignement en anglais afin d’en favoriser l’apprentissage, selon les modalités et aux conditions prescrites dans le Régime pédagogique établi par le gouvernement en vertu de l’article 447 de la Loi sur l’instruction publique (chapitre I‐13.3) et du Régime des études collégiales établi par l’article 18 de la Loi sur les collèges d’enseignement général et professionnel (chapitre C-29)

83.5. Peuvent recevoir l’enseignement en anglais dans un collège d’enseignement général et professionnel, les étudiants qui ont reçu un enseignement en anglais en application de l’article 73 de la présente loi.

84. [...] Aucun diplôme ou certificat d’études collégiales ne peut être délivré à l’étudiant qui n’a du français, parlé et écrit, la connaissance exigée par les programmes du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.

Daniel Turp, 

Professeur associé à la Faculté de droit de l’Université de Montréal

Ex-député du Bloc québécois (1997-2000) et du Parti québécois (2003-2008)

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