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Une technologie «sans gaz à effets de serre» produite au Saguenay

Pour que l’entreprise Élysis, une coentreprise formée par Rio Tinto et Alcoa, accélère le développement d’une technologie qui permettra de produire de l’aluminium sans carbone, sans gaz à effet de serre, Québec leur a offert mardi un soutien additionnel de 20 millions de dollars.

«Nous sommes impatients d’utiliser les nouvelles cuves pour démontrer à l’industrie et au monde entier que la décarbonisation de la production de l’aluminium, ce sera bientôt une réalité», a déclaré le président et directeur général d’Élysis, Vincent Christ.

C’est à l’usine d’Alma de Rio Tinto que des démonstrations de cette technologie seront mises en place dans leurs cuves.

Présent à l’annonce, le ministre de L’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, s’est montré enthousiaste. «On focalise sur la phase 1 qui va avoir quelques cuves pour démontrer que la technologie fonctionne. On a l’anticipation que ça va fonctionner», a indiqué le ministre.

Avec cette démonstration à Alma, Élysis espérait commercialiser sa technologie dans trois ans.

«Ça nous servira comme vitrine de vente de technologie, a expliqué Vincent Christ. C’est à partir de 2024, si notre plan se déroule comme prévu, qu’on sera prêt pour accueillir les premiers clients», a-t-il ajouté.

Une technologie inventée aux États-Unis, mais démontrée à grande échelle au Québec

C’est la première fois qu’une telle démonstration sera faite à une échelle industrielle.

«C’est [la technologie] la plus avancée parmi ceux des grands acteurs mondiaux de l’industrie qui travaillent sur une technologie semblable», a indiqué la ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest.

La technologie profitera également aux équipementiers. Une fois commercialisée, Québec évalue que pour eux, les retombées seront de 200 millions en 10 ans.

«Je suis convaincu que ce projet va apporter des retombées majeures pour la région du Saguenay, pour le Québec et pour l’ensemble de l’industrie de l’aluminium», a souligné le ministre Fitzgibbon.

L’innovation ferait baisser les coûts de production d’aluminium de 15%, mais il y a surtout un gain écologique.

« Si l’ensemble de la production d’aluminium au Québec était dorénavant faite cette nouvelle technologie, on pourrait penser à des économies de cinq millions de mégatonnes en termes de gaz à effet de serre, équivalent CO2, a expliqué le ministre de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, Benoit Charrette. Ce qui correspondrait à 1,5 million sur de voitures sur les routes du Québec. »

L’avancement du projet suscite de nombreuses réactions politiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le maire d’Alma, Marc Asselin, se réjouit de constater que c’est à l’aluminerie d’Alma que seront construites les cuves prototypes de taille commerciale. «Ils ont choisi la bonne place, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec ses compétences de personnel. On ne s’en sort pas. L’aluminium coule dans les veines des travailleurs ici depuis 100 ans.»

Les députés bloquistes de la région, Mario Simard et Alexis Brunelle-Duceppe aussi se réjouissent de cette annonce, mais demandent au gouvernement fédéral d’être plus proactif pour assurer le développement de l’aluminium vert dans la région.

Le président du Syndicat des employés de l’aluminium d’Alma, Sylvain Maltais, est aussi d’avis que l’annonce d’aujourd’hui permettra à la ville d’avoir une vitrine à l’international, mais il ne cache pas ses inquiétudes pour l’avenir.

«La production de ces anodes-là, qui sont nécessaires à cette technologie-là, doit se faire en région parce que s’il y a des coupures reliées à ça, il faut être capable de compenser autrement», a-t-il affirmé.

À l’aluminerie d’Alma, le tiers des travailleurs œuvre à la production d’anodes fabriquées en carbone.