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Attaque contre son ex-conjointe: peine réduite à cause de la COVID

Jean-Sébastien Cormier

Frédérique Giguère / JdeM

Un homme qui avait orchestré une attaque contre son ex-conjointe avec de faux livreurs de pizza a vu sa peine réduite de six mois en raison des conditions de détention « particulièrement sévères et difficiles » à cause de la COVID-19. 

« Le dossier traite de deux préoccupations actuelles majeures des citoyens, soit la recrudescence de la violence conjugale et la possession d’arme prohibée », a souligné le juge Érick Vanchestein en condamnant Jean-Sébastien Cormier, au palais de justice de Montréal, le mois dernier.

L’homme de 35 ans a admis avoir été complice d’une introduction par effraction chez son ex‐conjointe et de séquestration de cette dernière ainsi que de possession d’un fusil d’assaut AR‐15, une arme à feu à autorisation restreinte.

Menottes, ruban adhésif, corde

Les méfaits remontent à juillet 2019. La victime, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, avait ouvert la porte de son immeuble dans l’est de Montréal à un homme qui avait sonné chez elle et qui tenait deux boîtes de pizza. 

Le faux livreur avait forcé la porte afin de pénétrer dans l’entrée et avait tenté de s’en prendre à elle, tandis qu’un deuxième suspect s’approchait. 

La femme âgée de 33 ans à l’époque avait réussi à échapper à ses assaillants et à demander de l’aide auprès de gens à l’extérieur. Les deux suspects avaient pris la fuite en courant et, à ce jour, ils n’ont jamais été identifiés. 

Le paquet d’attaches autobloquantes et les menottes oubliés par les faux livreurs de pizza, qui se sont rendus chez la victime et qui avaient été engagés par Cormier pour la terroriser.

Photos courtoisie, Service de police de la Ville de Montréal

Le paquet d’attaches autobloquantes et les menottes oubliés par les faux livreurs de pizza, qui se sont rendus chez la victime et qui avaient été engagés par Cormier pour la terroriser.

Ils avaient laissé derrière eux les boîtes de pizza à l’intérieur desquelles les policiers ont retrouvé des menottes, du ruban adhésif, une corde et des attaches autobloquantes.

En perquisitionnant la résidence de Cormier, le « cerveau » du crime, les policiers avaient trouvé une mitraillette militaire, cachée dans le plafond du sous‐sol, ainsi qu’un chargeur contenant trois cartouches. 

Selon la preuve, il avait mis la main sur cette arme moins d’un mois après l’attaque ratée contre son ex. Une lettre datée de mars 2019, projetant le meurtre de son ancienne conjointe et son suicide ensuite, avait aussi été trouvée dans son véhicule.

Cormier avait été arrêté en septembre 2019 avant d’être inculpé pour ces infractions.

Au bout du compte, le Montréalais a écopé de huit ans et demi de prison pour les crimes qu’il a commis plus d’un an après la fin de sa relation amoureuse « difficile et ponctuée de crises » avec la victime.

Le tribunal a estimé que Cormier a fait la démonstration de conditions « particulièrement sévères et difficiles » lors de sa détention provisoire à la prison de Bordeaux. 

Dans une déclaration assermentée, l’accusé a notamment affirmé qu’il a contracté la COVID-19, qu’il a été privé de douche pendant 19 jours et qu’il a été confiné en cellule 24 h sur 24 pendant 34 jours consécutifs. 

Le juge Vanchestein a ainsi déduit six mois de la peine prévue initialement.

Joie de vivre perdue

Lors de l’audience sur la peine, la victime s’est exprimée quant aux impacts que cette attaque a eus dans sa vie. Dans les mois qui ont suivi, elle a vécu dans une résidence pour femmes violentées en plus d’avoir « des tremblements incontrôlés de façon constante tellement la peur était présente ».

« La victime a perdu la joie de vivre et envie l’insouciance des autres [...] En fait, elle se sent emprisonnée. Elle est toujours sous médication ; contre la dépression, l’anxiété, l’angoisse et pour dormir », relève notamment le juge.