/news/culture

Laurence Jalbert révèle avoir été victime de violence conjugale

L'horreur de la violence psychologique, des cris, des menaces, de la peur dans une relation amoureuse, Laurence Jalbert l’a vécue. Troublée par les récentes manchettes de violences et d’homicides conjugaux, la chanteuse s’ouvre aujourd’hui sur un passé difficile, qui lui a laissé bien des séquelles. «C’est assez!», argue-t-elle, déterminée à faire partie de la solution.

• À lire aussi: Des cuillères dans le congélateur

«Chaque fois qu’on en voit une partir, je me dis toujours : c’aurait pu être moi. C’aurait pu être moi! J’ai été épargnée. Maintenant, c’est pour les autres que je brise le silence», confie Laurence Jalbert.

«Pervers narcissique»   

D’abord dans un long et touchant texte sur sa page Facebook, intitulé «Des cuillères dans le congélateur», puis en entrevue avec l’Agence QMI, Laurence Jalbert est revenue sur les assauts psychologiques et verbaux, la manipulation, les insultes, la méchanceté que lui a fait subir pendant plus de 10 ans une personne dont elle est maintenant séparée depuis quelques années. Un pervers narcissique, décrit-elle, la tête haute.

Elle avait toujours fait comme si ces épisodes n’avaient jamais existé. Mais son corps, lui, n’a rien oublié.

«Je m’enfermais et je m’isolais de plus en plus. Quand on balaie quelque chose sous le tapis, c’est juste une question de temps avant qu’on s’enfarge dedans. Je m’en allais m’enfarger dedans, et je ne voulais plus continuer comme ça. Je voulais arrêter de souffrir. Je veux guérir et redevenir celle que j’étais. Parce que je suis l’ombre de l’ombre de la femme qui existait avant ce temps-là...»

Écoutez l’entrevue de Laurence Jalbert avec Anais Guertin-Lacroix ici:

Choc post-traumatique   

Laurence Jalbert a réalisé dans les derniers mois qu’elle souffrait, «sincèrement et sérieusement», d’un choc post-traumatique, dont elle attribuait jusque-là les symptômes à la fatigue, puisqu’elle travaillait énormément.

Dans la dernière année, en pause professionnelle en raison de la pandémie, elle a compris que ses difficultés à gérer le stress et les crises d’angoisse étaient liées à une cause beaucoup plus grave et profonde.

En voyant à la télévision l’une des dernières publicités du gouvernement contre la violence conjugale, dans laquelle un facteur donne une lettre à un autre homme en proférant des menaces, Laurence Jalbert a posé le geste important de contacter SOS violence conjugale.

«Je me suis mise à trembler, à avoir la nausée. Je ne voyais plus clair. C’était insensé! Et j’ai réalisé que je ne pourrai jamais passer par-dessus cette violence que j’ai subie, sans demander de l’aide, sans agir. Ce soir-là, j’ai pris le téléphone et j’ai dit : aidez-moi, je ne peux plus continuer comme ça.»

«J’ai toujours fait comme si ça n’avait jamais existé, mais je vais avoir 62 ans, poursuit Laurence, des sanglots dans la voix. Je ne veux pas finir ma vie teintée de cette violence que j’ai subie pendant plus de 10 ans. Quand on a constamment été en état d’hypervigilance, de survie, on développe des réflexes. Même après, même quand on fait comme si ça n’avait pas existé, on reste avec ces réflexes-là. Ça marque tout le reste de notre vie. Nos rencontres, nos relations avec les autres... Tout est changé.»

Libération   

L’artiste ne précise pas à quelles années remonte sa relation toxique, pas plus qu’elle ne dévoile si l’homme en question est connu ou pas. Elle maintient d’ailleurs ne pas avoir l’intention de porter plainte.

«Ce n’est pas ça, mon combat», soutient-elle.

Depuis un mois, elle consulte thérapeute, psychologue et avocate, afin que sa libération se fasse en douceur. Depuis qu’elle a demandé de l’aide, ses crises de panique et d’anxiété ont cessé.

Mercredi, Laurence participait au radiothon «Pour l’amour, mettons fin à la violence conjugale», de Rythme FM, au cours duquel des têtes d’affiche de la chaîne et des invités ont pris la parole pour sensibiliser la population à cette grave problématique et amasser des fonds au profit de SOS violence conjugale. 

Laurence y a interprété son succès «Encore et encore». Contenue sur l’album «Corridors» (1993), la pièce écrite par la chanteuse elle-même était dédiée à Sandra Gaudet, une adolescente violée, battue et assassinée en mars 1990 à Val-d’Or, en Abitibi.

C’est dans le cadre de cette journée de mobilisation, et épaulée par Ingrid Falaise, aussi ancienne victime de violence conjugale ayant lancé livres et documentaires sur le sujet, que Laurence Jalbert a choisi de révéler publiquement qu’elle-même avait traversé ce genre de tunnel sombre.

«Je le fais pour mes petites-filles, pour mes petits-garçons, pour les femmes qui meurent sans arrêt, tout le temps, massacrées, et qui laissent des orphelins. Pour ma guérison, bien sûr, mais pour sensibiliser, et faire comprendre aux femmes et aux hommes - parce qu’il y a aussi des hommes dans ce genre de situation -, que devant certains comportements ou discours, même au début d’une relation... Sauve-toi! Ça ne changera pas. Tu ne réussiras en rien à changer cette personne-là, malgré les promesses et les manipulations. Parce que ce sont des gens très intelligents, pour la plupart...»

On peut faire un don à SOS violence conjugale en consultant le site web de l’organisme (sosviolenceconjugale.ca).