/news/world

Climat: Biden monte au front, le monde salue le retour de l'Amérique

Le président américain Joe Biden a appelé jeudi le monde à «l'action» sur le climat en dévoilant un nouvel objectif de réduction des émissions polluantes, une posture largement applaudie par la communauté internationale après le déni des années Trump.

• À lire aussi: Trudeau s’engage à réduire les GES entre 40% et 45%

• À lire aussi: Greta Thunberg accuse les dirigeants d’ «ignorer» le changement climatique

• À lire aussi: Ottawa doit doubler ses efforts environnementaux, clament des écologistes

«Je suis ravie de voir que les États-Unis sont de retour pour travailler avec nous sur le climat», a lancé la chancelière allemande Angela Merkel, en écho aux propos des présidents français Emmanuel Macron et Sud-Africain Cyril Ramaphosa.

Un à un, les dirigeants invités à participer à ce sommet virtuel, près de 100 jours après l'arrivée de Joe Biden au pouvoir, ont égrené leurs propres engagements.

«Nous devons passer à l'action (...) Nous devons accélérer», a martelé le locataire de la Maison-Blanche, annonçant, à l'ouverture de cette réunion en visioconférence de deux jours, le doublement d'ici 2024 de l'aide pour le climat aux pays en développement.

La secrétaire au Trésor Janet Yellen a-t-elle rappelé que le gouvernement américain souhaitait abonder l'an prochain le Fonds vert pour le climat de 1,2 milliard de dollars supplémentaires.

Vantant les bénéfices économiques «extraordinaires» qui peuvent découler des réformes écologiques, le 46e président des États-Unis a promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la première économie mondiale de 50% à 52% d'ici 2030 par rapport à 2005.

Il est cependant à ce stade resté évasif sur les moyens concrets d'y parvenir. Son gigantesque plan pour les infrastructures, avec un important volet de transition écologique, pourrait en effet se heurter à de vraies résistances au Congrès.

Interrogé sur le risque que les objectifs américains ne soient pas tenus, John Kerry, envoyé spécial pour le climat, a mis en avant la dynamique enclenchée et insisté sur «la force du secteur privé» dans la mobilisation en cours.

Cet objectif double quasiment l'ancien engagement de Washington d'une diminution de 26% à 28% à l'horizon 2025.

Il doit permettre à l'économie américaine d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

De son côté, le président chinois Xi Jinping s'est dit «déterminé à travailler avec la communauté internationale, et en particulier les États-Unis» sur ce front, en dépit de très vives tensions entre les deux grandes puissances rivales sur nombre d'autres dossiers.

Il a réaffirmé l'objectif d'une neutralité carbone de la Chine d'ici 2060.

Au milieu de ce concert de louanges sur la nouvelle approche américaine, la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg a donné de la voix pour dénoncer une mobilisation qui reste, à ses yeux, beaucoup trop faible.

«Combien de temps pensez-vous que vous pouvez continuer à ignorer le changement climatique (...) sans avoir à rendre des comptes?», a lancé - par visioconférence - la jeune fille de 18 ans devant une commission du Congrès américain.

Joe Biden a rejoint dès le premier jour de sa présidence, en janvier, l'accord de Paris sur le climat dont Donald Trump avait claqué la porte il y a quatre ans.

Mais il était attendu au tournant avant ce sommet organisé à l'occasion de la Journée de la Terre. Avant de faire pression sur les autres pollueurs mondiaux afin qu'ils accélèrent la lutte contre le réchauffement, il doit rassurer quant à l'inconstance de son pays en la matière.

La diplomatie chinoise avait raillé la semaine dernière «un mauvais élève qui revient sur les bancs de l'école après avoir séché les cours».

Le nouvel engagement de Joe Biden est la contribution américaine, qui se veut ambitieuse, pour espérer participer à maintenir le réchauffement mondial sous les +2°C, si possible +1,5°C, par rapport à l'ère préindustrielle, comme le prévoit l'accord de Paris conclu en 2015. Un objectif planétaire hors de portée en l'état actuel des engagements nationaux.

Pour le premier ministre britannique Boris Johnson, l'annonce américaine «change la donne» et pourrait donner le coup de fouet nécessaire aux négociations internationales.

Les grandes puissances invitées, qui représentent ensemble 80% des émissions mondiales, se sont mises en ordre de marche pour ce sommet, point d'étape vers la grande conférence de l'ONU, la COP26, prévue en fin d'année à Glasgow, en Écosse.

A couteaux tirés, comme la Chine, avec les Américains, le président russe Vladimir Poutine a assuré que la Russie, producteur majeur d'hydrocarbures, mettait en oeuvre «avec responsabilité (...) ses obligations internationales».

Quant à l'UE, elle est parvenue in extremis à un accord sur une réduction nette d'«au moins 55%» de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau s'est lui engagé à les baisser de 40% à 45% d'ici 2030 par rapport à 2005, tandis que son homologue nippon Yoshihide Suga a annoncé que le Japon allait réduire ses émissions de CO2 à 46% à l'horizon 2030 par rapport à 2013, contre une cible précédente de 26%.

US-POLITICS-BRIEFING

AFP

Même le président brésilien Jair Bolsonaro, proche de Donald Trump, mais moins de Joe Biden, s'est engagé à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d'ici 2030 et à avancer la neutralité carbone du Brésil de dix ans, en 2050 -- malgré le scepticisme des observateurs.

Avec les nouvelles annonces faites ou attendues jeudi, des pays «qui comptent pour plus de la moitié de l'économie mondiale» auront désormais pris des engagements de réduction des émissions, en ligne, en ce qui les concerne, avec l'objectif planétaire de réduction du réchauffement, s'est félicité un organisateur du sommet.

Pour le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, ce sommet marque «un tournant».

L'organisation environnementale WWF a salué un sommet et des annonces qui apportent «un nouveau souffle» à la lutte contre le réchauffement de la planète.

«Les six mois à venir seront cruciaux», a cependant mis en garde John Kerry, évoquant l'échéance écossaise de novembre.

«Je pense que Glasgow est notre dernier espoir pour que le monde se rassemble et s'engage dans la même direction».