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«Le vrai monde?» : première en fin d’après-midi au Théâtre du Rideau Vert

À une époque pas si lointaine, la perspective d’une première théâtrale tenue dans la lumière du jour, à 17 h 30, nous aurait paru aussi improbable que la possibilité qu’un fin tapis de neige recouvre le sol à la fin avril. Et pourtant, aujourd’hui, l’une comme l’autre ne semble plus du tout farfelue.

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S’ajustant à la réalité du couvre-feu montréalais fixé à 20 h, et à l’instar d’autres institutions théâtrales ces jours-ci, le Théâtre du Rideau Vert avait convié ses invités en fin d’après-midi, jeudi, pour le lancement de l’excellente pièce «Le vrai monde?», œuvre costaude du répertoire de Michel Tremblay, revisitée par le metteur en scène Henri Chassé et superbement jouée par les acteurs Michel Charette, François Chénier et Madeleine Péloquin, entre autres.

Sécuritaire

Environ 76 spectateurs avaient été admis, mesures sanitaires obligent, alors que l’établissement en accueille normalement plus de 425.

Aucune consigne anti-COVID n’a été négligée : début de la représentation vers 17 h 35, portes distinctes pour entrer à l’intérieur selon l’emplacement des sièges assignés, une seule rangée sur deux à moitié remplie de spectateurs masqués et aux mains fraîchement désinfectées, sortie avant 19 h 30 – alors que la noirceur n’était pas encore tombée! – pas de souper au restaurant avant le spectacle, ni de «dernier verre» après... 2021 nous en fait décidément voir de toutes les couleurs, que même un auteur de théâtre ne saurait inventer.

Mais la procédure en vaut la chandelle. Entre les éclats de rires ici et là, on aurait entendu une mouche voler, puis les souffles se retenir au fil des règlements de comptes au cœur du puissant texte de ce «Vrai monde?» encore actuel dans quelques-uns de ses thèmes. L’ovation debout fut aussi spontanée que sentie à la fin.

Perceptions

Au-delà de la pandémie et ses contraintes, le moment avait quelque chose de symbolique, jeudi, puisque c’est au Rideau Vert, en 1987, que la production avait été montée pour la première fois.

La version qui nous est proposée aujourd’hui fait honneur à la grandeur de Tremblay. Au centre de l’histoire, un jeune auteur, Claude (Charles-Alexandre Dubé), transpose dans sa première pièce les frustrations de son enfance, les trahisons observées d’un mari à sa femme, d’un père à sa fille.

Sous les yeux du public se déploie la «vraie» famille de Claude, résignée, emmurée dans les farces plates d’un paternel en apparence plein de bonhomie, secrètement cruel. Et l’autre, fantasmée, qui éclate en mille morceaux sous le poids de la dure vérité, dans laquelle une mère rassemble les miettes d’orgueil qui lui reste pour se vider le cœur et réclamer son dû.

Les protagonistes de l’une et l’autre se confrontent, nous faisant douter des faits et de leurs interprétations. Comme dans n’importe quelle situation, la vérité se situe sans doute quelque part entre deux perceptions...

Non seulement le texte du «Vrai monde?» n’a à peu près pas vieilli d’un iota près de 35 ans après sa création, mais les acteurs (Charette et Chénier, et Isabelle Drainville et Madeleine Péloquin, dans la peau des parents, en tête) livrent avec aplomb ces mots difficiles et toujours justes, dans une mise en scène évoquant, justement, ce «vrai monde» qui en a tant toléré, de tout temps. On s’y reconnaît ou pas, on rit parfois jaune ou pas, mais on n’en sort pas tout à fait indemne.

La pièce «Le vrai monde?» est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 6 juin. Une captation virtuelle sera disponible à la fin mai. Détails au rideauvert.qc.ca.