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Une mère pourrait ravoir la garde du fils qu’elle aurait tenté de tuer

Un juge de la chambre de la jeunesse de Montréal devra décider s’il remet la garde d’un enfant de deux ans à sa mère qui fait toujours face à de graves accusations, dont d’avoir tenté de le tuer en avril 2019, alors qu’il n’avait que deux mois.

Photo Chantal Poirier

Un juge de la chambre de la jeunesse de Montréal devra décider s’il remet la garde d’un enfant de deux ans à sa mère qui fait toujours face à de graves accusations, dont d’avoir tenté de le tuer en avril 2019, alors qu’il n’avait que deux mois.

Doit-on remettre un enfant à sa mère qui est en attente de procès pour avoir tenté de le tuer ? Telle est la délicate question que devra trancher le Tribunal de la jeunesse aujourd’hui à Montréal.

Un juge de la cour spécialisée fera alors savoir s’il avalise la recommandation de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). 

Les faits reprochés remontent à avril 2019. Lors d’une chicane, la mère aurait tenté d’étrangler son bébé de deux mois en passant une ceinture de robe de chambre autour de son cou. 

Le bébé aurait eu une couleur bleutée. La mère, qu’on ne peut identifier afin de protéger l’identité de l’enfant, a par la suite été accusée de tentative de meurtre sur son bambin. 

Lorsque la mère s’en serait prise à l’enfant, plutôt que d’appeler la police, le conjoint de l’accusée aurait enregistré l’audio de la scène avec son téléphone. 

Dans la bande sonore jouée à la cour lors de l’enquête sur remise en liberté en juin 2019 au palais de justice de Montréal, on y entend un bébé hurler, ainsi que la mère dire avoir besoin d’aide.

Aide psychiatrique 

La mère avait tout de même obtenu sa libération dans l’attente de son procès, à condition d’être suivie en psychiatrie, notamment en raison de troubles dépressifs. 

Près de deux ans plus tard, la jeune femme se serait reprise en main, a-t-on appris. Au point où la DPJ recommande que la garde de l’enfant lui soit à nouveau confiée. 

Ainsi, malgré les graves accusations criminelles qui pèsent contre elle, la mère pourrait pouvoir s’occuper à temps plein de sa victime alléguée, maintenant âgée de deux ans.

Une situation qui préoccupe un juge à la retraite de la chambre de la jeunesse. 

« Je me pose beaucoup de questions. Notamment en raison des accusations criminelles qui pèsent toujours contre elle », a lancé Jacques R. Roy.

Il déplore qu’on favorise encore le principe de primauté parental, c’est-à-dire le lien avec un ou les parents biologiques. 

« Cela devrait être revu. Parce que celui qui risque d’en payer le prix, c’est l’enfant », a-t-il dit, précisant ne pas être au fait des détails de la cause. 

Et pourquoi ne pas attendre la fin des procédures criminelles ? L’ancien juge Roy explique que le concept de temps chez un enfant est très important.

« Les liens se tissent dans le temps. Un an pour un enfant de deux ans, ça représente la moitié de sa vie », a-t-il dit.

Reprise en main possible 

Le psychologue Hubert Van Gijseghem est pour sa part d’avis qu’une mère aux prises avec un problème dépressif qui s’en est pris à son enfant peut remonter la pente et être apte à s’occuper de lui. 

« Même si elle est encore accusée, si la preuve démontre que cette femme est retombée sur ses pattes, c’est possible qu’elle soit une bonne mère. Surtout si des experts jugent que c’est dans l’intérêt de ce dernier », a-t-il dit, précisant ne pas commenter ce cas précis. 

 « Je ne suis pas de ceux qui disent qu’il faut absolument qu’un enfant retourne dans son milieu familial même si la mère est une sorcière et le père un ogre. Mais si le parent est prêt, je suis pour qu’il retourne dans son milieu naturel », a-t-il insisté.