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L’automobile reprend ses droits malgré la troisième vague

Après une chute spectaculaire des déplacements sur nos routes au début de la pandémie, l’automobile est en train de reprendre ses droits au Québec. Plus de 80 % du trafic habituel est de retour, malgré le télétravail et la troisième vague.

Les données acheminées par le ministère des Transports à notre Bureau d’enquête illustrent bien l’impact du confinement imposé aux Québécois depuis que l’urgence sanitaire a été décrétée le 14 mars 2020.

Il y a un an, alors que le Québec venait d’être mis « sur pause », le trafic avait chuté de plus de la moitié. Sur les principaux ponts et axes routiers de la province, les débits journaliers moyens oscillaient alors autour de 40 % par rapport à l’année précédente.

Le phénomène était encore plus frappant loin des grands centres.

Tendance en hausse 

Les déplacements ont ensuite remonté partout au Québec, en subissant au passage des variations au gré des mesures annoncées. Le rattrapage est plus lent à la frontière américaine, sans surprise, ainsi que dans le parc des Laurentides.

« Il y a eu un impact très fort au début qui s’est réduit petit à petit. Maintenant, on voit un peu une reprise de la circulation », observe Francesco Ciari, enseignant à la Polytechnique de Montréal et expert en planification des transports.

« On est revenu à des niveaux quand même assez proches de ce qu’on avait avant », résume Marie-Hélène Vandersmissen de l’Université Laval, spécialiste en aménagement du territoire. 

Le télétravail risque de s’essouffler 

Bien que les tours de bureaux soient quasi désertes actuellement et que l’intensité des heures de pointe ne soit plus la même, le professeur à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional de l’Université Laval Jean Dubé souligne l’impact limité du télétravail sur les débits routiers. 

« Les déplacements ont diminué mais peut-être pas de manière aussi importante qu’on aurait pu le croire. Même en tenant compte du télétravail, on est déjà à environ 80 % partout en ce moment. Ce n’est pas parce que tu “télétravailles” que demain matin, tu ne prends plus ta voiture et que tu ne sors plus de chez vous. » 

M. Dubé évoque aussi l’effet pervers de la « demande induite », phénomène bien connu dans la littérature scientifique. 

« Quand ça circule mieux, ça accélère les déplacements puis les gens décident d’opter pour la voiture, mais si tout le monde fait ça, ça va créer un bouchon à un moment donné. »

Mario Polèse, professeur émérite à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), invite aussi à la prudence concernant l’effet du télétravail à plus long terme.

« On ne sait pas encore si ça va sensiblement diminuer la congestion. Il faut faire très attention avant de sauter aux conclusions. Il y a une espèce de ressac contre le télétravail. Les gens commencent à trouver ça dur de ne plus voir les collègues. Le télétravail à 100 %, ça n’existera presque pas, on va plutôt voir des solutions hybrides. On s’en reparle dans un an ! »

Vers un retour à la normalité  

Pont Honoré-Mercier 

Situation actuelle : 78 % 

Le creux de vague : 41 % 

A50 à Grenville 

Situation actuelle : 88 % 

Le creux de vague : 27 % 

Frontière américaine (A55) 

Situation actuelle : 74 % 

Le creux de vague : 37 % 

Autoroute Décarie 

Situation actuelle : 91 % 

Le creux de vague : 53 % 

Autoroute métropolitaine à l’Acadie 

Situation actuelle : 85 % 

Le creux de vague : 55 % 

A20 à Sainte-Julie 

Situation actuelle : 81 % 

Le creux de vague : 41 % 

Pont Médéric-Martin (A15) 

Situation actuelle : 87 % 

Le creux de vague : 41 % 

Autoroute Félix-Leclerc (1re Avenue) 

Situation actuelle : 87 % 

Le creux de vague : 41 % 

Autoroute Laurentienne (boul. Jean-Talon) 

Situation actuelle : 79 % 

Le creux de vague : 43 % 

Parc des Laurentides (R175) 

Situation actuelle : 65 % 

Le creux de vague : 20 % 

A20 à L’Isle-Verte 

Situation actuelle : 83 % 

Le creux de vague : 31 % 

Pont Pierre-Laporte (A73) 

Situation actuelle : 80 % 

Le creux de vague : 38 % 

Pont Charles-De Gaulle (A40) 

Situation actuelle : 85 % 

Le creux de vague : 41 % 

Un sommet l’été dernier dans l’Est  

Les déplacements ont atteint un niveau record en plein été, l’an dernier, dans des régions comme le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, prises d’assaut par les vacanciers.

Les nouveaux cas de COVID-19 étaient alors quasi inexistants et les Québécois avaient pu bénéficier d’un relâchement significatif des mesures, entre la première et la deuxième vague.

« Pour juillet, vous avez plus de 100 % [des niveaux habituels] à la fois à L’Isle-Verte et dans le parc des Laurentides. Les gens ne sont pas allés en vacances aux États-Unis, ils sont restés au Québec », souligne le professeur émérite de l’INRS, Mario Polèse, expert en économie urbaine. 

Méthodologie   

La situation actuelle correspond au volume de circulation du mois de mars 2021 (débit journalier moyen) par rapport à un mois de mars type avant la pandémie.   

Par exemple, sur le pont Médéric-Martin (qui relie Montréal et Laval), il y a actuellement 87 % de la circulation par rapport à la normale.   

Le creux de vague correspond généralement à la situation en avril 2020, le premier mois complet où les mesures de confinement les plus strictes ont été en vigueur.