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La loi 21 n’a rien à voir avec l’assassinat de George Floyd!

Le 21 avril, la chroniqueuse Sheema Khan s’est livrée dans les pages du Globe and Mail (voir la fin de ce texte) à une attaque vitriolique contre le Québec à la suite du jugement de la loi 21 en Cour supérieure. Je livre ici en version française la réplique que j’ai initialement envoyée au Globe, qui a refusé de la publier.  

Les arguments que Madame Khan utilise pour démoniser la loi sur la laïcité relèvent de la pure mauvaise foi et de l’exagération grossière. Comment peut-on, en effet, établir un parallèle entre le procès de la loi 21 et la condamnation de Derek Chauvin aux États-Unis? La laïcité consiste notamment à protéger l’État et les individus de l’influence de la religion. L’interdiction du port des signes religieux pour certains fonctionnaires est un principe reconnu dans plusieurs pays, notamment la France, la Belgique, la Suisse et l’Allemagne. C’était même le cas en Turquie avant l’arrivée d’Erdogan. Chacun est bien sûr libre de penser que la laïcité est un principe injuste qui viole les droits et libertés. Établir toutefois une comparaison entre le procès de la loi 21 et celui fait à une brute policière ayant assassiné un Noir constitue un argument outrancier.

La chroniqueuse ne ménage d’ailleurs pas les superlatifs pour dénoncer la législation québécoise. Qualifiée de « cruelle », celle-ci équivaudrait à une opération de « déshumanisation » des minorités religieuses menée tambour battant et approuvée par une majorité au Québec. La province est décrite sous sa plume comme une contrée où la discrimination et le racisme systémique règnent en loi et maître. Ce serait même pire que dans certains États du Vieux Sud ségrégationniste américain. Madame Khan se permet d’ailleurs de lancer un appel à une vaste mobilisation internationale contre le Québec, un genre de croisade, citant à l’appui Martin Luther King, comme si la loi 21 équivalait aux lois Jim Crow. 

Arguments fallacieux

Le texte de Madame Khan contient par ailleurs de nombreux arguments fallacieux. Par exemple, elle affirme que la pénurie de professeurs au Québec est due à la loi 21. Cette situation existe depuis de nombreuses années; la question de la laïcité n’a rien à voir là-dedans. Que dire, par ailleurs, de son argument sur l’obligation du port du masque pour des raisons sanitaires, qui illustrerait, selon elle, les incohérences de la loi québécoise? L’interdiction de signes religieux au travail, que ce soit une croix, un voile, une kippa ou un turban, n’a rien à voir avec des mesures prises pour lutter contre la COVID-19. 

GEN - MÉLANIE JOLY

Photo d'archives, MARTIN ALARIE

Bien sûr, la chroniqueuse cite abondamment le verdict du juge Marc-André Blanchard, qui ne mâche pas ses mots pour dénoncer la loi 21. Celle-ci, bien sûr, violerait la Charte canadienne des droits et libertés. Notons d’abord que rien dans cette charte ne dit qu’un policier, un juge ou un professeur a le droit de travailler en arborant un signe religieux. 

Deuxièmement, et plus fondamentalement, il importe de rappeler ici que la Charte canadienne a été imposée au Québec contre sa volonté. Le pouvoir actuel des juges nommés par Ottawa d’invalider des lois dans des compétences québécoises exclusives est un pouvoir qui a été usurpé lors du rapatriement constitutionnel de 1982. Depuis René Lévesque, aucun premier ministre québécois, fédéraliste ou souverainiste, n’a voulu apposer sa signature au bas de la loi constitutionnelle de 1982. La Charte canadienne n’a donc aucune légitimité au Québec. 

Les critiques de la loi 21 ont été très nombreuses au Canada anglais. Les voix qui ont condamné le Québec, comme celle de Sheema Khan, sont les mêmes qui chantent les louanges de la diversité. À ceux-là je tiens à rappeler que les Québécois constituent une minorité dans ce pays. Ils adhèrent à la laïcité plutôt qu’au multiculturalisme canadien. Si vous êtes vraiment en faveur de la diversité, cessez de nous démoniser quand nos choix diffèrent de ceux de la majorité canadienne-anglaise! 

Frédéric Bastien, historien

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