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Loi 101 au cégep: une mesure normale pour une société normale

Conseil national - chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamo

Photo courtoisie

En 1977, la Charte de la langue française (loi 101) a été adoptée par le gouvernement de René Lévesque pour contrecarrer une réalité inquiétante quant à la vitalité du français au Québec. Alors que prévalait le libre choix de l’enseignement au primaire et au secondaire, les nouveaux arrivants s’intégraient massivement à la minorité anglophone. 

En voulant étendre la loi 101 au réseau collégial, le Parti québécois poursuit aujourd’hui son rôle historique: permettre à la langue française de se maintenir comme langue commune au Québec, alors qu’elle ne représente que 2% des locuteurs dans une Amérique du Nord anglophone et qu’elle est soumise à la pression d’un régime fédéral qui impose au Québec une doctrine de bilinguisme institutionnel, laquelle mène au déclin du français dans toutes les autres provinces. 

L’anglais ne s’apprend pas au cégep

Contrairement à un mythe qu’on entend souvent, les cégeps anglophones ne permettent pas à leurs étudiants d’apprendre l’anglais, puisque les places y sont contingentées et ceux qui y sont admis le maîtrisent déjà. Les Québécois n’ont jamais eu autant d’occasions d’apprendre l’anglais en raison de leur surexposition constante à la culture anglo-américaine. Il est évidemment possible et souhaitable de bonifier cet apprentissage de l’anglais comme langue seconde avant l’arrivée au cégep, et le PQ fera des propositions en ce sens au courant des prochaines semaines. Cependant, les cégeps ne doivent pas devenir des centres de standardisation en anglais de l’apprentissage et de la socialisation. 

Le contingentement des places en anglais a d’ailleurs pour conséquence de rehausser l’attrait et le caractère élitiste de l’enseignement en anglais, ce qui donne l’image que le français offre une éducation de deuxième rang. Cette impression que l’anglais est la langue d’une meilleure éducation crée ensuite une pression sur le nombre de places dans le réseau anglais (47% des élèves sur l’île sont inscrits au préuniversitaire en anglais), ce qui mène à des décisions absurdes comme celle du gouvernement Legault qui souhaite investir 100 millions pour agrandir le Collège Dawson, contrairement à 41 millions pour 18 cégeps francophones en région! Les études le démontrent: les cégeps anglophones contribuent à l’anglicisation, car leur langue d’enseignement a une incidence décisive pour la suite. Ainsi, c’est 72% des élèves des cégeps anglophones qui disent vouloir poursuivre sur le marché du travail en anglais, selon une enquête sur les comportements linguistiques au collégial. L’impact sur la socialisation dans le monde adulte est donc incontestable.

Nous devons réaliser que le réseau collégial anglophone ne sert plus sa mission d’origine qui est celle de permettre à la minorité anglophone de poursuivre son cursus dans sa langue maternelle. La proportion des élèves anglophones dans ce réseau ne représente plus qu’environ 35% des étudiants, certains d’entre eux ayant même été évincés de leur système en raison du contingentement. Seule l’application de la loi 101 redonnera au réseau collégial anglophone sa fonction d’origine.

On entend aussi répéter un autre mythe. Puisque les cégépiens sont des adultes, ils devraient pouvoir choisir d’étudier dans la langue de leur choix. Par cet argument fallacieux, on tente d’associer la volonté d’appliquer la loi 101 au cégep à un projet radical. En fait, c’est plutôt le déclin du français au Québec qui est incontestablement radical, et la loi 101 sert simplement à mettre en œuvre ce qui est normal partout dans le monde. Le Québec fait en effet figure d’exception: partout ailleurs, les études préuniversitaires sont effectuées dans la langue nationale et l’atteinte de l’âge adulte ne permet pas de se soustraire à l’enseignement dans la langue commune. 

La CAQ divisée sur un enjeu central

Plus que jamais, le gouvernement Legault est divisé sur l’enjeu de la protection du français. Le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette, peine à convaincre ses collègues fédéralistes de la CAQ. La situation de la pandémie demeure certainement préoccupante, mais il y a des limites au poids symbolique que le virus peut supporter.

Le Parti québécois reste la seule formation politique qui a la volonté de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à l’épanouissement du Québec français, parmi lesquels l’indépendance, l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés ainsi qu’aux entreprises fédérales, renforcer la langue de l’État afin que les institutions cessent de communiquer en «bilingue» et, enfin, assurer un meilleur contrôle de l’immigration en vue d’accueillir les nouveaux arrivants en fonction de nos capacités réelles et de leur maîtrise préalable du français. L’application de la loi 101 au cégep s’inscrit ainsi dans un plan global qui offrira la possibilité à tous les francophones et à tous les allophones de vivre et de s’épanouir en français.

Paul St-Pierre Plamondon

Chef du Parti québécois

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