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Rapport Laurent: un rapport qualifié «d'ambitieux» en Mauricie-Centre-du-Québec

Les recommandations du rapport Laurent, dévoilées lundi après deux ans de travail réalisé à la suite du décès tragique d’une fillette à Granby, en avril 2019, ont été assez bien reçues dans le milieu, même si quelques interrogations persistent.

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«Je suis très content, c'est comme si on venait de dire qu'on va rouler avec une Formule 1... Ok, mais comment on va se payer la Formule 1?», a imagé Paul Langevin, à la suite de la publication du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dite Commission Laurent.

Le psychologue trifluvien, qui a œuvré à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Mauricie et du Centre-du-Québec pendant 13 ans, a qualifié le rapport d'ambitieux.

Il s’est par ailleurs questionné sur l'absence de la notion d'imputabilité et sur l’aspect budgétaire des mesures proposées, qui a été passé sous silence.

Même son de cloche chez Marc Lacour, ancien directeur de la DPJ dans la région.

«C'est un rapport qui dans l'ensemble va dans la bonne direction», a-t-il commenté.

«On parle d'avoir une meilleure place dans les structures pour le psychosocial, ce qui ne se passe pas pour les structures des CIUSSS présentement», a-t-il ajouté.

L'ancien cadre, qui avait témoigné et déposé un mémoire devant la commission, se désole lui aussi que le rapport n'insiste pas sur l'aspect de la responsabilité des acteurs du réseau.

La DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec a été la cible d'importantes critiques au cours des dernières années.

Un rapport d’enquête publié en 2019 avait notamment révélé que près du tiers des enfants sous la responsabilité de la DPJ régionale avaient subi des abus physiques ou sexuels dans leur famille d’accueil, entre 2013 et 2016.

Les Atikamekw se réjouissent

La nation atikamekw, de son côté, se félicite des conclusions de la commissaire Laurent, pour qui les autochtones sont les mieux placés pour traiter des questions autochtones.

«Chez nous, la famille c'est des experts, les grands-parents c'est des experts, la communauté, les membres significatifs de l'entourage de ces enfants-là c'est aussi des experts», a commenté, tout sourire, Constant Awashish, chef de la Nation atikamekw.

La nation avait déjà obtenu juridiction dans les questions relatives à la protection de la jeunesse, il y a deux ans. M. Awashish avait d'ailleurs témoigné dans le cadre de la Commission Laurent.

Des familles d'accueil continuent de dénoncer

Une famille d'accueil rencontrée par l'équipe de TVA Nouvelles n'en pouvait plus et a lancé la serviette après plus de vingt ans à œuvrer dans le réseau.

«Je ne veux pas blâmer les intervenants, mais la machine est devenue trop grosse», a relaté la responsable de la famille, sous couvert de l'anonymat.

Les réformes successives, qui ont vu les structures gagner en importance, ont dépersonnalisé la nature des relations entre les intervenants, selon elle.

Pour la responsable d'un service de garde, à qui on avait d'abord confié un petit garçon qu'on venait de retirer à ses parents, les façons de faire des responsables de l'accréditation l'ont aussi poussée à renoncer à prendre des enfants sous son aile.

Le Centre intégré universitaire de la Mauricie-et-Centre-du-Québec a décliné les demandes d'entrevue de TVA Nouvelles, voulant prendre connaissance du rapport avant de réagir.

«Il y a eu des cas très graves chez nous» 

Dans son rapport Régine Laurent a souligné qu'il faut impérativement réduire la charge de travail des intervenants de la DPJ et leur donner le temps de bien faire leurs interventions.

En entrevue, le représentant syndical des intervenants de la DPJ en Mauricie-Centre-du-Québec, Jean-Christophe Côté-Benoit, a expliqué qu'un meilleur taux de rétention des travailleurs et une plus grande stabilité des équipes d'intervenants signifie également un meilleur service aux enfants et aux familles. «Des cas graves comme celui de la petite de Granby il y en a eu chez nous, ça n'a peut-être pas été médiatisé, mais il y en a eu», a-t-il ajouté.

Rappelons que la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec a durement été critiquée au cours des trois dernières années, tant par le tribunal que par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2019.

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