/regional/montreal/monteregie

Le sort d’un bâtiment patrimonial divise les élus de Chambly

PHOTO COURTOISIE / Société d'histoire de la seigneurie de Chambly

Le projet de démolition de l’ancienne usine Bennett Fleet, à Chambly, qui fait partie du paysage de la Ville depuis près d’un siècle, divise le conseil municipal et les citoyens.

• À lire aussi: Violent incendie dans une ancienne usine

• À lire aussi: Des vandales s'acharnent sur une entreprise

Le mois dernier, le comité de démolition de la Ville a accepté la demande du Groupe Sélection qui souhaite détruire l’édifice, situé près du canal de Chambly, pour y construire une résidence de 246 logements pour personnes âgées et un bâtiment de 180 unités locatives.

Or, une journée plus tard, cinq conseillers municipaux sur les huit siégeant au conseil ont diffusé un communiqué de presse pour s’opposer à la démolition de ce bâtiment patrimonial. Ces élus ont fait valoir qu’une contre-expertise réalisée par une firme d’architecture en janvier estime possible la conservation du bâtiment original.

«Nous pourrions au moins garder la structure afin qu’il y ait un souvenir du dernier vestige industriel de la Vallée-du-Richelieu», affirme la conseillère municipale, Marie Lise Desrosiers.

PHOTO COURTOISIE / Société d'histoire de la seigneurie de Chambly

De plus, l’élue soutient que les impacts environnementaux de la démolition sont non négligeables. En effet, Héritage Montréal, un organisme œuvrant à promouvoir et à protéger le patrimoine, a transmis un avis à la Ville dans lequel il écrit que «l’empreinte environnementale d’une nouvelle construction est considérablement supérieure à celle d’un bâtiment existant réinvesti», rapporte Mme Desrosiers.

De son côté, la mairesse de Chambly, Alexandra Labbé, s’est dite surprise par la sortie publique de ses collègues. «J’ai bien du mal à comprendre leur position puisque ça fait plus de deux ans que le projet leur est présenté. Ils ont eu plusieurs occasions pour émettre leurs commentaires», soutient celle qui appuie le projet du promoteur.

Selon elle, les scénarios proposés dans la contre-expertise ne tiennent pas la route pour assurer la viabilité du projet. Par exemple, selon la contre-expertise, la construction du stationnement sous-terrain est impossible alors que c’est une exigence de Groupe Sélection, a mentionné la mairesse. De plus, la conservation de l’enveloppe du bâtiment couterait environ 7,5 millions $ supplémentaires à l’entreprise qui ne compte pas changer ses plans.

«Il faut comprendre que ce qui pourrait se préserver ne sera de toute manière pas visible. Ce qu’on peut conserver, c’est un squelette de béton», dit-elle.

PHOTO COURTOISIE / Société d'histoire de la seigneurie de Chambly

Une décision en juin

Si la structure extérieure pouvait être préservée, elle serait la première à s’opposer à la démolition du bâtiment, assure la mairesse Labbé. «J’ai grandi à l’ombre de la Bennett. Mon père y a travaillé. Cette usine a marqué plein de monde. Mais là, nous avons une bonne proposition sur la table.»

Pour sa part, la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly plaide pour la conservation de cette ancienne usine de fabrication de chaussures.

«Chaque fois qu’un bâtiment historique est démoli, c’est une partie de notre mémoire collective qui disparaît», illustre le président de l’organisme, René Fournier.

Le conseil municipal décidera de l’avenir de l’édifice lors de l’assemblée ordinaire du 1er juin prochain.

Rappelons qu’en 2018, la démolition de la maison patrimoniale ayant appartenu au notaire et patriote René Boileau, commandée par la direction générale de la Ville de Chambly, avait suscité une vive controverse.