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L'itinérance en augmentation à Québec

Photo DIDIER DEBUSSCHERE

Le problème de l'itinérance dans Saint-Roch serait encore bien pire si Lauberivière n'était pas là, soutient son directeur général Éric Boulay, qui estime que le refuge fait partie de la solution et non du problème. 

Des résidents et commerçants ont affirmé lundi craindre pour leur sécurité depuis le déménagement du refuge pour sans-abri dans le voisinage, faisant état de cris, d'excréments et de personnes à demi vêtues sur la place publique.

«C’est quelque chose qui dépasse Lauberivière. C’est un mal de société», dit M. Boulay.  

Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Photo Diane Tremblay

Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Il affirme que des personnes sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et de consommation de drogue dure. "Dans la rue, il y a des drogues qui sont à moins de 2$ le comprimé.» 

Selon lui, on retrouve de tout : Fentanyl, cocaïne, héroïne, etc.  

Limite d'intervention

Étant donné que Lauberivière n’est pas un centre de consommation, les plus démunis errent dans la rue autour du refuge. Tant qu’ils ne font pas le premier pas pour s’en sortir, Lauberivière n’a pas les moyens d’intervenir, ni le mandat, bien que l’organisme participe à des tables de concertation communautaire.  

Une soixantaine d’employés et près de 150 bénévoles contribuent à faire fonctionner le refuge qui enregistre près de 35 000 nuitées par année.

Photo Diane Tremblay

Une soixantaine d’employés et près de 150 bénévoles contribuent à faire fonctionner le refuge qui enregistre près de 35 000 nuitées par année.

«Il n’y a pas de solution magique. Les gens voudraient que ça n’existe pas. Ça me fait penser à la COVID-19 au début. On niait ça parce qu’on ne voulait pas que ça existe. Pourtant, il est là le virus», ajoute M. Boulay qui ne nie pas le portrait dépeint par les commerçants et les résidents du secteur. 

M. Boulay affirme que des cris, il y en avait sur la rue Saint-Paul avant et les résidents se plaignaient aussi.  

«Nos sociétés occidentales crées ce problème-là. Il existe. On ne peut pas parachuter les gens sur une île. Ils sont là. Il faut les aider.» 

«C’est paradoxal, mais je n’ai jamais contribué à remettre autant de gens sur pied.» 

Des chiffres

En 2017, Lauberivière a enregistré 24 000 nuitées, tandis qu’il y en a eu 35 000 en 2020. Environ 5 000 personnes par an ont recours aux services du refuge. Plus de la moitié s’en sortent après la première tentative avec l’aide des intervenants.  

Les partenaires du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), qui compte une quarantaine d’organismes, reconnaissent qu’ils ont aussi leur rôle à jouer. 

Frédéric Moffet, enseignant en intégration socioprofessionnel, aide les personnes ayant vécu des difficultés à réintégrer le marché du travail.

Photo Diane Tremblay

Frédéric Moffet, enseignant en intégration socioprofessionnel, aide les personnes ayant vécu des difficultés à réintégrer le marché du travail.

Toutefois, selon la coordonnatrice du RAIIQ, les organismes communautaires sont limités dans leurs actions parce qu’ils manquent de financement.  

«On a des inquiétudes au niveau de l’accès aux services adaptés. Depuis environ cinq ans, on lève des drapeaux pour dire qu’il y a une augmentation des personnes en situation d’itinérance», affirme Jimena Michea du RAIIQ. 

Brigades de rue

Lauberivière a démarré dernièrement un projet de brigades de rue qui participeront au nettoyage des rues afin de favoriser la réinsertion sociale.  

«Quand on se met à connaître les gens, notre regard change. On se met à les aimer et à les comprendre. Ce qu’on voit, c’est la pointe de l’iceberg. Il y a des gens qui allaient très très bien et qui ont tout perdu. (...) Il y a des gens qui arrivent ici et qui sont très hypothéqués. On peut bien pédaler pour ramener les choses, mais il faudrait plus prendre soin les uns des autres avant ça.» 

Maëlle Scrosati et Steven Pagé sont intervenants en psychosocial à Lauberivière.

Photo Diane Tremblay

Maëlle Scrosati et Steven Pagé sont intervenants en psychosocial à Lauberivière.

L’un des commerçants dans le secteur, qui a brisé le silence lundi, pour partager le climat qui prévaut dans les environs du refuge, est déçu mais pas surpris de la réaction du maire de Québec. 

«Il dit qu’il fait tout ce qu’il peut, mais on en doute. Ça aurait été facile de mettre dix toilettes chimiques bleues sur la rue De Xi’An. (...) Lauberivière ont des gens qui font de la sécurité. Ils pourraient surveiller quand la rue devient un dépotoir. Qu’ils fassent leur bout de chemin. Nous, on endure. On paie de nos poches pour le vandalisme», a réagi Stéphane LeBlond. 

La Ville de Québec, le Service de police, et ses partenaires affirment travailler de concert afin de poursuivre les actions visant à faciliter la cohésion sociale dans le secteur et à renforcer le sentiment de sécurité des résidents depuis l'arrivée de Lauberivière sur la rue Du Pont. 

«Diverses mesures ont été mises en place depuis le déménagement afin que l'intégration soit positive dans le quartier, dont l'embauche d’agents de mixité pour intervenir dans l’espace public, l'augmentation de la présence de travailleurs de rue dans le secteur, et l'augmentation de la présence policière. D'autres projets sont en élaboration», a souligné David O’Brien, porte-parole de la Ville.