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Police: le port de caméras pourrait décharger les tribunaux

Capture d'écran, Sûreté du Québec

L’utilisation de caméras portatives par les policiers pourrait diminuer de 20 % le temps de traitement d’un dossier devant les tribunaux, conclut une étude.

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Le processus judiciaire est réduit en moyenne de 60 jours lorsqu’une intervention policière a été filmée, explique la chercheuse en criminologie à l’Université de Montréal, Brigitte Poirier. Une économie de temps significative sachant que le système de justice est surchargé. 

Dans le cadre de son étude, Mme Poirier a analysé 200 dossiers judiciaires à la suite des interventions policières effectuées durant le projet-pilote sur le port des caméras portables chez des patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Cette preuve vidéo permet plus souvent d’éviter de longs débats, particulièrement quant aux requêtes sur la charte concernant les droits d’un accusé.  

Comprendre le contexte

« Si on a l’enregistrement d’une arrestation sous la main, on regarde les images et on évite ainsi des procédures plus longues », explique-t-elle en exemple.

Cela permet aussi de comprendre le contexte de l’intervention policière, dit-elle. Les gens étaient-ils désorganisés ? Ont-ils fait des menaces ? Les policiers ont-ils usé d’une force démesurée ?

Si ces vidéos permettent des économies de temps entre la mise en accusation et sa conclusion, elles ont peu d’effets sur les plaidoyers de culpabilité, précise-t-elle.

Pour cette recherche, la doctorante en criminologie s’est entretenue avec une vingtaine d’avocats, tant de la poursuite que de la défense, ce qui lui a permis de soulever certaines limites à cette technologie. 

D’abord, les policiers arrivent souvent sur les lieux après les faits. Le patrouilleur est responsable de l’activation de sa caméra, ce qui peut limiter la quantité d’images. De plus, le positionnement de la caméra sur l’uniforme ne donne pas une vue d’ensemble.

Elle donne en exemple l’affaire Mamadi III Fara Camara, accusé à tort d’avoir attaqué par l’arrière un policier et d’avoir tiré sur lui. 

« Est-ce que la caméra aurait été activée ? On aurait vu ce qui s’est passé ? Ce n’est pas certain », dit-elle.

Système surchargé

Le temps d’analyse des vidéos, ajouté à la surcharge du système judiciaire, peut aussi faire en sorte que cette technologie n’est pas utilisée à sa pleine capacité. 

« Si on veut que les caméras portatives contribuent, il faut que les avocats aient le temps de regarder leur contenu », expose-t-elle. 

Dans son projet-pilote réalisé de 2016 à 2017, le SPVM visait à améliorer la relation entre les policiers et les citoyens. Cela a eu peu d’effets, rappelle Mme Poirier. Les forts coûts liés à ce projet avaient découragé le SPVM à le poursuivre. 

On devrait pourtant s’intéresser davantage à l’impact sur le système de justice, croit la chercheuse.


La Sûreté du Québec a lancé, à la fin avril, un projet-pilote de caméras à Rimouski.

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