/regional/montreal/laurentides

Un père de quatre enfants meurt en chutant d’un toit

Le travailleur de 29 ans décédé après avoir chuté du toit d’un hôpital des Laurentides était un père fier de ses quatre enfants et un colosse dont la force n’avait d’égale que son humour et sa bonté, selon ses proches.

« Ses enfants étaient sa plus grande fierté », laisse tomber Viky B. Pauzé, qui allaitait la petite dernière, Éléonore, 7 mois, en parlant de son conjoint, victime d’un triste accident il y a une semaine aujourd’hui.

Vers 6 h 30 mardi dernier, Étienne Plouffe, un grand gaillard de 6 pieds 3 pouces et 295 livres, effectuait la réfection des parapets du toit de l’hôpital de Saint-Jérôme. Pour une raison qui demeure nébuleuse, le travailleur aurait perdu pied et fracassé du même coup le garde-corps qui devait assurer sa sécurité et prévenir la chute fatale de cinq étages.

décès chute hôpital

Photo courtoisie, Caroline Frereault

« Il serait tombé en voulant aider son partner, relate sa conjointe, qui n’en sait pas plus sur l’incident. C’est tout à fait lui. Il ne pensait jamais qu’il en faisait assez. »

Cette dernière le décrit comme un ami qui était « toujours là pour les autres », un bon vivant à la mémoire phénoménale, et drôle d’une absurdité unique en son genre.

« Il a déménagé tout le monde. Il voulait que les autres ne soient jamais mal pris, renchérit Simon Pouliot, un ami venu offrir son soutien à la petite famille de L’Épiphanie. Il était toujours en retard, mais on était juste heureux quand il arrivait.»

Meilleur ami  

Ce retard était souvent causé par les petits êtres avec qui Étienne Plouffe préférait prendre son temps, soit ses enfants Hayden, 6 ans, Logan, 4 ans, Derek, 3 ans et la petite Éléonore.

« Jouer avec eux, c’était sa passion. Il avait un cœur d’enfant. Il tripait sur l’univers Marvel. Des fois, ils partaient au parc le matin. Je les perdais jusqu’au souper, dit Mme B. Pauzé, qui croit que ses plus vieux saisissent la triste réalité. Ils m’ont demandé : comment papa va faire pour nous dire bonne nuit ? Ils n’ont pas juste perdu leur père, mais leur meilleur ami. »

Vide, après 12 ans...  

L’ex-footballeur à l’étonnante force brute, qu’on surnommait « le bœuf », était aussi son meilleur ami à elle depuis l’adolescence, avant de former un couple.

« Il m’a fiancée un mois après. Ç’aurait fait 12 ans en juillet, souffle-t-elle. Il y a une partie de moi qui ne le réalise pas, et une autre qui a choisi sa tombe et ses vêtements de funérailles. Je ne suis pas forte, je suis vide. »

En congé de maternité, l’infirmière compte sur le soutien d’une « belle grosse gang » pour rejoindre les deux bouts, avec quatre bouches à nourrir. Elle dit ne pas avoir eu à changer une couche, depuis.

« La distanciation, c’est le dernier de nos soucis, présentement », se désole Jonathan Baril, un autre ami du couple.


Deux campagnes de sociofinancement (1) (2) ont d’ailleurs été créées afin de venir en aide à la famille d’Étienne Plouffe. 

Des proches veulent sensibiliser à la sécurité au travail    

Plongés dans un deuil aussi soudain que douloureux, les proches d’Étienne Plouffe souhaitent que son décès serve à sensibiliser la population face à la sécurité au travail.

« Comme il y avait un garde-corps tout le tour, il n’avait pas à être attaché. Mais ça devrait être obligatoire de s’attacher en hauteur, qu’il y ait un garde-corps ou non », déplore sa conjointe, Viky B. Pauzé. 

Un garde-corps est une sorte de clôture qui sert habituellement à prévenir les chutes lorsque des travailleurs se retrouvent en hauteur, par exemple sur un toit.

La jeune femme affirme que son conjoint de 29 ans avait l’expérience nécessaire sur les chantiers pour effectuer ses tâches, même si cela ne faisait qu’un mois qu’il bossait pour VMK Construction.

« Ça faisait deux ans qu’il avait repris sur la construction, dit-elle. Et il a étudié là-dedans, la pose de système d’intérieur. »

Supposé tenir  

Sans vouloir pointer quiconque du doigt de manière prématuré, l’ami du défunt Simon Pouliot estime que de sérieuses questions doivent être posées concernant cette chute.

« Un garde-corps, c’est supposé faire 42 pouces. Peu importe le poids qu’Étienne faisait, ce n’est pas censé céder », croit celui qui dit bien connaître les mesures de sécurité sur les chantiers.

« Peu importe ce qui est arrivé, il y a place à l’amélioration », ajoute Stéphanie Beaudoin, une autre amie du couple.

Deux en deux jours  

Les proches d’Étienne Plouffe aimeraient donc que sa mort incite les travailleurs et employeurs à redoubler de prudence, peu importe le métier.

Ironiquement, l’accident qui a coûté la vie au jeune père de famille est d’ailleurs survenu la veille du Jour de deuil national censé honorer la mémoire des travailleurs qui ont péri en tentant de gagner leur vie.

Ce fut le triste sort de 57 Québécois l’an dernier, soit plus d’un par semaine, selon les statistiques dévoilées à cette occasion.  

Un autre travailleur de 27 ans est par ailleurs décédé à peine 24 heures plus tard, mercredi dernier, à Saint-Polycarpe, après avoir été heurté par une pelle mécanique.


La Sûreté du Québec et la commission des normes de l’équité de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) enquêtent afin d’éclaircir les causes de ces deux incidents.