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Le «selfie» vaccinal, un outil pour convaincre ses proches ?

Les «selfies» de gens recevant un vaccin qui se multiplient sur les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle essentiel pour convaincre les plus réticents d’entre nous à se faire vacciner et à accélérer le pas vers une immunité collective.

Le respect des mesures sanitaires semble effectivement contagieux, car les images de personnes respectant les ordres de la santé publique finissent par coller dans l'esprit des réfractaires.

Cela vaut pour le port du masque comme pour le vaccin contre la COVID-19, selon la professeure en psychologie de l’Université de Montréal, Roxane de la Sablonnière.

Dans une étude à paraitre la semaine prochaine, la chercheuse et son équipe du Laboratoire sur les changements sociaux et l'identité dévoilent les résultats d’un suivi sur la progression de l’adhésion aux mesures sanitaires chez plus de 2000 Canadiens.

Le port du masque, qui était plutôt faible au début de la pandémie, a connu une hausse marquée à travers l’année 2020, principalement chez les personnes qui, au départ, n’avaient pas l’intention de se plier à la directive.

«Comme le port du masque n’était pas obligatoire au début, ce n’est pas surprenant qu’une plus grande quantité de gens aient été réticents à le porter», a expliqué la chercheuse.

Mis à part la volte-face du gouvernement sur cette mesure, ce changement d’habitude s’explique en bonne partie, a noté Mme de la Sablonnière, par un effet d’entraînement, c’est-à-dire en voyant des masques sur le visage des autres. «L’influence sociale, c’est extrêmement important», a-t-elle indiqué.

Résultat : entre juin et décembre, le nombre de répondants qui indiquaient toujours porter le masque lorsque requis est passé d’environ 22 % à 76 %. Inversement, ceux qui refusaient catégoriquement de porter un masque en toutes circonstances sont passés de 16 % à environ 1 % de l’échantillon de répondants.

Le sondage de l’équipe de chercheurs a aussi débouché sur une autre donnée d’intérêt, quoique moins surprenante : les répondants qui portent plus souvent le masque sont aussi ceux qui ont affirmé en plus grand nombre avoir l'intention de se faire vacciner. L’inverse est aussi vrai.

Puisque l’adhésion aux mesures sanitaires s’explique en partie par un effet d’entraînement, se pourrait-il que les publications de photos, seringue dans le bras et pouce en l’air sur les réseaux sociaux, puissent avoir un impact sur les personnes les plus craintives et faire de certains des «vaccinfluenceurs»?

«Ça pourrait avoir cet effet-là, c’est certain», estime Mme de la Sablonnière. Cela vaut aussi pour les personnalités connues du public, comme les artistes ou les politiciens, a-t-elle noté.

Si les gouvernements souhaitent que les gens continuent d’adhérer aux mesures sanitaires au cours des mois chauds à venir, ceux-ci devront émettre des directives claires et cohérentes, mais aussi, continuer à encourager ceux qui respectent les règles et faire preuve d’empathie et de compréhension.

«C’est essentiel, voire fondamental, de continuer à renforcer ce message positif pour que les gens respectent les mesures en grand nombre et continuent à fournir cet effort, plutôt que d’aller chercher la minorité récalcitrante, qui forme une exception», juge la chercheuse.