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Repos mérité pour un maire rusé

Du festif symbolique au structurant pandémique: voilà, en quelques mots, comment je résumerais les années Labeaume.

Il a pris les rênes de Québec en héros, «sauvant», tel un Hercule, les très symboliques fêtes du 400e de Québec en 2008.

Le succès monstre de celles-ci fit oublier instantanément le court et terne mandat d'Andrée Boucher.

Labeaume s'imposa ensuite avec un style particulier de politicien dynamique, impulsif et au parler cru. Peu porté sur la démocratie.

Il sut capter la nouvelle énergie post-2008 et y vit même une occasion de «guérir» enfin Québec de son prétendu complexe d'infériorité. L'embauche du fumeux Clotaire Rapaille fut un échec burlesque; mais l'ambition de remodeler la psychologie «québecquoise» resta.

Refusant hier de faire un bilan, il a tout de même tenu à souligner ceci: avant lui, «c'était plate à Québec». Québec, ville moyenne, «aime ça être sur la "mappe"!»

Popularité

Dynamo d'idées, source infinie de déclarations, sa popularité est stratosphérique et il jouit d'un appui presque inconditionnel des concitoyens.

Une position dominante qu'il exploita à fond face à ses opposants, mais aussi face aux gouvernements supérieurs.

Les électeurs de la Capitale étaient tous derrière Labeaume au municipal (sauf en son cœur, le Vieux!), mais, face aux partis de Québec et d'Ottawa, se montraient totalement imprévisibles. Donc à séduire.

Le gouvernement Legault est peut-être le premier, à Québec, à vraiment avoir donné du fil à retordre au maire.

Cigale

Avec le temps, l'accent sur le festif, les grands événements, le «fun», le pari fou du retour des Nordiques, la construction du Centre Vidéotron uniquement à partir de fonds publics... tout cela commença à apparaître à plusieurs comme une série de mirages. Surtout sans équipe de hockey.

Et les aspects fondamentaux de l'administration municipale ont alors semblé négligés par un maire «Cigale»: transport, ordures, déneigement, patrimoine, embellissement (legs incontesté de l'ère L'Allier). D'où entre autres, sa volte-face de 2016 sur une candidature olympique.

Peu après l'ouverture du Centre Vidéotron, dans une conférence de presse, Régis Labeaume s'était demandé ce qu'il pourrait bien accomplir après un tel exploit. «Ah oui, c'est vrai, le SRB!», s'était-il esclaffé, faisant comprendre qu'il avait négligé ce projet qui fut d'ailleurs abandonné. De toute manière, personne de censé n'aspirait vraiment «à prendre l'autobus», avait-il déjà opiné.

Son dernier mandat sera l'occasion de faire du rattrapage salutaire sur la question névralgique du transport collectif.

Gravitas

Éparpillé, impulsif et «foufou» dans l'immédiat après-2008, le maire gagna en gravitas dans les dernières années.

Il traita, avec une dignité remarquable et une sensibilité authentique, la terrible tuerie de la mosquée de Québec de 2017. Il fut aussi à la hauteur durant la présente pandémie (et la tuerie de l'Halloween), se souciant vraiment de «son monde».

Malgré sa maladie, difficultés et pertes familiales, il conserva le cap, avec une volonté de fer, sur la nécessité de donner à la Capitale un transport structurant.

Curieusement, ses deux legs les plus visibles, Centre Videotron et tramway, ne sont pas encore vraiment en fonction. L'amphithéâtre attend son équipe; le tramway reste à être bâti.

D'autres s'en occuperont. Régis Labeaume l'énergique a beaucoup donné. Nous a beaucoup donné. Son repos est mérité.