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L’université ou la fabrique des médiocres

Woman giving presentation on business conference.

Photo Adobe Stock

J’ai longtemps idéalisé l’université. Je pensais qu’il s’agissait d’un lieu où le savoir était valorisé, où se concentrait une élite, où les professeurs étaient de véritables savants, soucieux de faire progresser leur discipline. Mes chimères de jeunesse se sont vite émoussées. Aujourd’hui, il m’apparaît de plus en plus clairement que la méritocratie a fait place à la médiocratie. Diverses doctrines douteuses ont remis en question l’université traditionnelle.  

Grâce à la complaisance des administrateurs, soumis à la rectitude politique et au clientélisme, on a créé des programmes faisant la promotion de diverses postures idéologiques. 

On peut penser aux études féminismes et, plus récemment, à divers cours à saveur wokiste. On oublie souvent d’ailleurs que le wokisme tient un discours semblable au féminisme. Dans les deux cas, ce sont des doctrines qui souscrivent à un discours victimaire. Les féministes imaginent une domination masculine, tandis que les wokistes expliquent la société moderne à partir d’une supposée suprématie blanche. 

Rien d’étonnant dans cette perspective que l’on n’enseigne plus aux étudiants les grands auteurs ; on ne cherche plus à les cultiver, on veut surtout les exposer à un discours victimaire et on leur enseigne les rouages du militantisme. On contribue de ce fait à les abrutir. Combien de fois ai-je dû déconstruire ce que des idéologues leur avait enseigné pour leur exposer une perspective rationaliste, congruente avec la réalité empirique ? 

Il est difficile d’être optimiste quant à l’avenir de l’université. On pourra difficilement effacer les dommages des dernières années. Quand on est rendu à faire croire à de jeunes esprits que le genre est une construction sociale, on comprend vite que l’université est devenue un véritable foutoir. Il n’est pas douteux que les médiocres se sont solidement implantés, dans certains départements ils règnent sans partage, et il devient dès lors pratiquement impossible d’envisager l’émergence d’une relève. 

Qui, de fait, formera cette relève? Comment des professeurs et des administrateurs qui, pendant plusieurs décennies, ont tiré l’université vers le bas peuvent-ils faire autre chose que de former des cohortes de médiocres? Le cercle vicieux est inévitable et on voit mal comment il pourrait se briser. Il est plus facile de détruire que de construire. Une funeste parenthèse s’est ouverte, et il est à craindre qu’elle ne se refermera pas de sitôt. 

L’université traditionnelle a été concurrencée, voire même supplantée, à partir des années 1960, par l’université postmoderne. Celle-ci a exprimé les espérances d’une université affranchie de l’empire de la science traditionnelle: elle a annoncé une régénération conçue par des adversaires avoués de la rigueur et de l’objectivité. Des doctrines loufoques ont émergé. Devant ce sinistre spectacle, le silence n’est pas une option. 

Photo courtoisie

Robert Leroux, Professeur titulaire de sociologie

Université d’Ottawa

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