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Produits de consommation: nombreuses hausses de prix à l’horizon

Alors qu’on ne cesse d’entendre que le prix des matières premières comme le bois ou l’acier explosent, la hausse des prix commence à se frayer un chemin dans le secteur de la consommation. Et nous ne sommes pas au bout de nos peines.

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Voitures, bouffe, produits électroniques et produits de base : des hausses de prix sont imminentes. Des géants industriels comme Procter & Gamble ou Kimberly-Clark – qui produisent des serviettes hygiéniques, du dentifrice, du détergent, des couches, etc. – le disent même ouvertement. 

« C’est sûr que le consommateur va finir par payer le prix » de tout chamboulement dans le commerce mondial et dans les chaînes d’approvisionnement, lance Yan Cimon, professeur de stratégie et de gestion à l’Université Laval.

À l’instar des microprocesseurs  

Il prend l’exemple des microprocesseurs, dont la rareté fait la manchette depuis un certain temps déjà. « C’est un peu le cas d’école pour les effets de la COVID sur l’économie », dit-il. 

Les stocks étaient déjà faibles quand la COVID a frappé l’Asie, où la grande majorité de la production mondiale se trouve. Ils ont depuis fondu comme neige au soleil. Quand la production a redémarré, la chaîne n’était plus synchronisée, des pénuries ont eu lieu. 

Omniprésents dans les voitures, les téléphones et tout ce qui est « intelligent », les microprocesseurs sont en forte demande. La perturbation dans ce marché a été immédiate, comme l’impact sur le prix et la disponibilité du produit.

« Les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement vont durer encore un an, c’est certain », ajoute M. Cimon, autant dans celle des microprocesseurs que dans les autres. Puisque « tout le monde veut les mêmes produits en même temps », des goulots d’étranglement se sont créés et ils prendront du temps à se résorber. 

Des fausses hausses aussi  

Le paradoxe de cette hausse attendue du prix des produits de consommation, selon le professeur Cimon, est que des entreprises vont augmenter leurs prix « par mimétisme ». 

« Des fabricants vont voir le prix de certaines catégories de produits augmenter et vont augmenter leur prix eux aussi pour aller chercher des marges plus intéressantes. Dans ce cas-là, la pandémie va avoir le dos large », assure-t-il.

Bref, si certaines entreprises comme Procter & Gamble sont assez transparentes, d’autres le seront moins. Et s’il est possible de calculer quelles entreprises ont vu leur coût de production monter, il est beaucoup plus difficile de le savoir une fois devant les rayons du magasin. 

« Au moins, en ligne, on peut comparer les prix au moyen d’outils assez simples », ajoute M. Cimon. Au Québec, il en existe quelques-uns, comme meilleursprix.ca.

Le consommateur devra donc redoubler de vigilance au cours de la prochaine année. 

Les produits qui coûteront plus cher   

  • La nourriture   
  • Les voitures   
  • Les produits électroniques et les électroménagers   
  • Les matériaux (bois, acier, cuivre, etc.)   
  • Les produits d’hygiène (dentifrice, détergent, etc.)    

Les tuiles continuent de s’abattre   

  • En février, une tempête hivernale frappe le Texas, qui abrite le plus grand complexe pétrochimique du monde, et les conséquences prendront au moins six mois à se résorber.     
  • Fin mars, le canal de Suez, qui assure plus de 10 % du commerce mondial, a été bloqué pendant six jours, ce qui a touché 400 navires.      
  • Pénurie mondiale de conteneurs : les tarifs entre l’Asie du Sud-Est et les États-Unis sont passés d’environ 2000 $ US à 4500 $ US par conteneur de 40 pieds en 12 mois.          

Aucun doute concernant le panier d’épicerie  

Si le prix de certains produits de consommation risque de bondir, ce sera assurément le cas de celui de la nourriture. Et pas d’un peu. 

« Dans les prochains mois, en alimentation, les consommateurs vont vivre les dommages collatéraux de l’ensemble de ce qui se passe depuis un an », explique Denis Landry, le DG du Groupe Prestige, un regroupement de PME dans l’industrie de la boulangerie-pâtisserie. 

M. Landry s’occupe des achats de matières premières. Chaque jour, il analyse le prix en Bourse du soja, du maïs, du blé, du sucre, bref, « d’à peu près tout ce qui compose la tablette d’épicerie ». Et ce qu’il voit n’a rien de bien réjouissant.

« Le panier d’épicerie va augmenter d’au moins 7 à 10 % au cours des prochains mois. C’est énorme. Le pain, les biscuits, les pâtes alimentaires, les confitures, les céréales. C’est très, très large », prévoit-il. 

Pour l’instant, l’augmentation n’est pas arrivée sur les tablettes, car le prix des matières premières se négocie sur des contrats de 3, 6 ou 12 mois. Mais « tous les transformateurs arrivent à la fin de leur contrat ». 

Plus que prévu  

Et depuis le début de l’année, « les hausses de prix sont fulgurantes ». « C’est du jamais-vu depuis 9-10 ans », selon Denis Landry. 

Depuis neuf mois, le prix du soja a monté de 80 %, celui du maïs de 80 à 90 %, celui du blé de 30 % et celui du sucre de 35 %. 

Les contrats seront donc renouvelés en fonction des nouveaux prix, et c’est là que ça va faire mal. 

« C’était écrit dans le ciel, avec tout ce qui s’est passé dans la dernière année. Les transformateurs n’ont pas le choix », plaide M. Landry, qui conseille à ses membres d’augmenter leur prix « assez fortement », soit d’au moins 7 à 8 %.

Cette hausse serait encore plus importante que ce qu’avait prévu Sylvain Charlebois, spécialiste de l’industrie agroalimentaire à l’Université Dalhousie, qui parle d’un bond « du taux d’inflation alimentaire qui devrait être de 5 % pour l’année 2021 ». 

La pression sur le prix des matières premières est forte, dit-il, « car la Chine achète tout ». 

Ce que peut aussi confirmer et constater Denis Landry. 

Sylvain Charlebois estime par ailleurs qu’une hausse pourrait également se faire sentir sur le prix du café, prochainement. 

Avec la collaboration de Jean-Michel Genois Gagnon