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Saison des sucres décevante: quels sont les impacts des changements climatiques sur le sirop d’érable?

Photo d'archives, Le Journal de Québec

Après deux années de production record de sirop d’érable, les érablières québécoises ont connu une saison des sucres 2021 beaucoup moins faste. Résultat: le rendement est moins bon et l’eau d’érable est moins sucrée. Mais comment expliquer cette saison des sucres décevante?  

C’est qu’il a fait froid plus longtemps qu’à l’habitude cette année, si bien que la coulée n’était pas encore commencée à la relâche, au début mars, explique Hélène Normandin, directrice des communications corporatives pour les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). 

Photo Fotolia

Par ailleurs, les premières entailles se font généralement à la fin février et durent environ 10 semaines. Cette année, la coulée n’a duré que 9 semaines.

Autre fait surprenant de cette saison, la coulée a commencé en même temps dans toutes les régions. Normalement, les régions du sud-est du Québec, comme la Montérégie et l’Estrie, ouvrent le bal, et les autres régions suivent en vague. Le Bas-Saint-Laurent et les environs clôturent la saison.

50% moins de sirop d’érable    

L’érablière de Serge Beaulieu, en Montérégie Ouest, est parmi les plus touchées dans la province. Il raconte avoir produit 50% moins de sirop d’érable cette année comparativement à la saison des sucres 2020. 

«Ça fait plusieurs années qu’on n’avait pas produit aussi peu de sirop d’érable. Après deux années records, on ne peut pas dire que c’est une petite récolte, mais ça représente quand même environ 200 000$ de revenus de moins par rapport à la saison précédente», souligne le propriétaire de l’Érablière Beaulieu 2020. Il rapporte avoir produit l'année dernière 150 000 livres de sirop d’érable. Cette année, il en a récolté moins de 75 000 livres.

Serge Beaulieu, propriétaire de l’Érablière Beaulieu 2020 et président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ)

Photo courtoisie

Serge Beaulieu, propriétaire de l’Érablière Beaulieu 2020 et président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ)

Comme si ce n’était pas assez, plusieurs producteurs indiquent que l’eau est moins sucrée, un phénomène qu’a aussi constaté Serge Beaulieu. 

«L’eau d’érable était environ 40% moins sucrée cette année, ce qui fait qu’on en a besoin deux fois plus pour produire un gallon de sirop», précise-t-il.

De nombreux facteurs en cause    

Outre le froid, de nombreux facteurs peuvent avoir eu une influence sur le rendement et le taux de sucre dans l’eau d’érable. Par exemple, la sécheresse récurrente des derniers étés ou un printemps chaud et hâtif, qui peuvent être causés par les changements climatiques.

Hélène Normandin prévient cependant que l'on ne peut imputer aux seuls changements climatiques le rendement moyen de cette année. 

«C’est un peu normal d’avoir une année moyenne après deux années records. Tous les printemps ne sont pas pareils. C’est certain que, pour les producteurs, cette année, il y en a pour qui la production est moins reluisante et qui sont déçus, mais, dans l’ensemble, il faut s’attendre à ça et c’est pour ça qu’on a une réserve stratégique.»

Cette réserve stratégique, qui compte 100 millions de livres de sirop d’érable en attente de se retrouver sur les tablettes des épiceries, nous assure qu’on ne sera pas à court de ce délicieux nectar de sitôt, rassure Mme Normandin.

Une coulée plus hâtive    

Pas de panique, donc. Un rapport d’Ouranos publié en 2018 indique d’ailleurs que la principale conséquence des changements climatiques sur la production acéricole est une saison des coulées hâtive. 

Selon la firme de recherche sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, le début de la saison pourrait survenir 13 à 19 jours plus tôt d’ici 2090 au Québec. La province aurait donc un horaire de coulée similaire à celui qu'a aujourd'hui la Pennsylvanie, illustre Hélène Normandin.

Bien que ce soit difficile à prévoir, Serge Beaulieu ne croit pas que le début hâtif de la saison des entailles ait un impact sur la production. «Ça nous contraint à commencer à travailler plus tôt et plus rapidement, mais on pense pouvoir s’en tenir tout de même entre 20 et 25 jours de coulée.»

Des saisons «en yo-yo»    

M. Beaulieu s’attend aussi à voir de plus en plus de saisons «en yo-yo», soit une alternance de bonnes et de mauvaises années. «J’anticipe que, comme cette année, on verra plus de fins de coulées drastiques, et parfois aussi des printemps qui s’étirent, ce qui peut être bon pour nous.»

Celui qui est aussi le président des PPAQ tient à rappeler que la situation ne touche pas que l’acériculture: d’autres cultures, comme celle du maïs, font aussi les frais des soubresauts climatiques. 

«Quand on travaille avec la nature, ce sont des choses auxquelles on doit s’attendre», dit M. Beaulieu d’un air philosophique.