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Traumatisés par les inondations

GEN - MYLAINE PLANTE

Photo MARTIN ALARIE

Les sinistrés des inondations printanières de 2019 sont quatre fois plus nombreux à souffrir d’un trouble de santé mentale que la population générale, révèle une étude. 

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«C’est énorme», s’étonne encore la chercheuse Mélissa Généreux, de l’Université de Sherbrooke. «Surtout qu’il y a beaucoup de parallèles à faire avec la pandémie et ce qu’on vit en ce moment.»

La Dre Généreux a présenté cette semaine au congrès annuel de l’Acfas, réunissant 4000 communicateurs scientifiques cette semaine, les résultats d’un vaste sondage auprès de plus de 3400 résidents de quartiers inondés en 2019.

Stress post-traumatique, trouble anxieux ou de l’humeur: la moitié des sinistrés (52%) présentait les symptômes d’un problème de santé mentale.

Dans la population générale habitant les mêmes quartiers, mais épargnée par la crue des eaux, le pourcentage est de 12%.

«Peur de tout»

Deux ans après avoir vu sa coquette maison d’une rue tranquille ravagée par les inondations, Mylaine Plante ne peut en parler sans étouffer un sanglot.

«Ça te reste dans la tête longtemps [...] J’avais peur de tout», souffle la quinquagénaire de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

GEN - MYLAINE PLANTE

Photo MARTIN ALARIE

Perte totale, sa maison a été démolie. Elle a été incapable de travailler pendant plus d’un an. Et elle a dû consulter pour des problèmes d’anxiété et de stress qu’elle n’avait jamais eus avant.

Les résultats de l’étude ne la surprennent pas.

Surtout qu’elle s’estime malgré tout chanceuse d’avoir pu quitter sa maison sans trop de pertes financières et d’avoir pu compter sur le soutien moral de proches.

Son ex-conjoint l’a hébergée plusieurs mois le temps de se trouver un endroit où vivre, lui évitant le motel pour ses enfants et elle, par exemple.

L’aide compte

D’ailleurs, l’étude menée par la Dre Généreux­­­ prouve que non seulement l’ampleur des dégâts matériels joue sur la santé mentale des victimes d’inondations, mais aussi l’aide reçue après le sinistre.

Ceux qui ont reçu moins d’aide, physique ou morale, ou qui ont dû contracter des dettes pour réparer les dégâts décrivent une détérioration de leur santé mentale.

«Ça joue beaucoup! Notre société pourrait faire le choix de minimiser ces stresseurs et mieux soutenir les sinistrés. Ça aurait un impact majeur», explique Mélissa Généreux, donnant les exemples d’une aide financière accrue, de soutien psychologique professionnel ou d’accompagnement dans les démarches de reconstruction ou de déménagement.

Comme la pandémie

Rappelant à nouveau l’énorme impact négatif de la pandémie sur le moral et la santé des Québécois, mais à une échelle beaucoup plus grande qu’un quartier inondé, elle estime qu’un plan de rétablissement sera nécessaire.

«L’histoire se répète [...] Est-ce qu’on va apprendre des inondations?» s’interroge-t-elle.

GEN - MYLAINE PLANTE

Photo MARTIN ALARIE

Car l’anxiété laisse des traces profondes, comme en témoigne Mylaine Plante, qui commence à peine à être capable d’en parler.

«J’essaie de me refaire une vie», laisse-t-elle tomber.

L’impact d’un sinistre  

De stress post-traumatique

Inondés: 44%

Non affectés: 3%

De détresse psychologique

Inondés: 38%

Non affectés: 7%

D’un trouble anxieux

Inondés: 20%

Non affectés: 7%

D’un trouble de l’humeur

Inondés: 20%

Non affectés: 5%

D’un trouble de santé mentale probable

Inondés: 52%

Non affectés: 12%