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Des anges gardiens mis à la porte chez les sœurs de Sainte-Croix

Soeurs de Sainte-Croix

Photo Pierre-Paul Poulin

Près de 150 personnes, incluant une centaine de travailleurs de la santé, s’apprêtent à perdre leur emploi dans le cadre de la construction d’une résidence privée pour les sœurs de Sainte-Croix.

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« C’est vraiment dégueulasse. C’est dévalorisant et c’est stressant. À 64 ans, tu me vois avec un CV aller chercher du travail ? » déplore avec les larmes aux yeux Roselène Clément, préposée aux bénéficiaires depuis 19 ans à l’infirmerie du pavillon Saint-Joseph des sœurs de Sainte-Croix à Montréal et vice-présidente du syndicat de l’établissement.

Mme Clément et 147 autres employés se retrouveront sans emploi le 26 juin après que les sœurs de Sainte-Croix ont voulu se départir de l’établissement en raison de leur âge avancé. Le bâtiment où se trouve l’infirmerie a été vendu en 2018 pour devenir une école publique.

Cent trois résidentes, des sœurs ayant besoin de soins, seront transférées dans une résidence privée pour aînés en construction à 200 mètres d’où elles logent actuellement.

C’est Groupe Santé Sedna qui en est le promoteur. L’entreprise a conclu une entente en 2018 avec les religieuses pour se porter acquéreur d’une partie de leur vaste terrain. Ainsi, plus de la moitié des places de la nouvelle résidence sont réservées aux sœurs.

Ancienneté 

Or, les employés actuels ont été carrément mis à l’écart de cette entente et ont reçu le 3 mars une lettre de fin d’emploi. Sedna doit pourtant pourvoir environ 125 postes pour sa nouvelle résidence, selon l’entreprise.

Plusieurs de ces travailleurs perdront ainsi de nombreuses années d’ancienneté.

Le syndicat a tenté de communiquer avec Sedna pour essayer de maintenir des emplois. 

« Pourquoi les employés ne suivent pas ? Ils n’ont pas voulu nous parler », indique Amina Halla, présidente du syndicat et cuisinière depuis 11 ans pour les sœurs de Sainte-Croix. 

La porte-parole de Sedna affirme qu’il est « normal » qu’aucun vase communicant n’ait été établi entre le syndicat et la compagnie. 

« Ce sont deux entités distinctes et on ne peut pas transférer ça [les emplois] de cette façon-là. », mentionne Julie Grenier.

Salaires plus bas 

De nombreuses hypothèses sont avancées par le syndicat, dont celle de réembaucher des gens à un salaire moins élevé. La convention collective de l’un des CHSLD privés de Sedna montre qu’un préposé aux bénéficiaires à l’embauche gagne 14,25 $ de l’heure au lieu des 20,50 $ offerts par la congrégation religieuse. 

« C’est du personnel à rabais », pense Roselène Clément.

« C’est une question vraiment complexe. [...] Il y a des considérants derrière ça qui sont de l’ordre des contrats gouvernementaux », se défend Sedna. 

Possible recours 

Néanmoins, le syndicat pourrait avoir un recours en vertu de l’article 45 du Code du travail, pense Jeremy Little, avocat spécialisé en droit du travail chez OLS Avocats-Conseillers. 

« Pour que le syndicat ait un recours, il faut qu’il puisse établir que la nouvelle boîte continue des activités de l’ancienne entreprise », mentionne Me Little.

La Fédération de la santé et des services sociaux étudie toutes les avenues légales pour défendre la cause de ces travailleurs. Le président, Jeff Begley, estime que la situation qu’ils vivent « n’a pas de sens ». 

« Il y a des inquiétudes pour d’autres établissements similaires parce que la population des sœurs se réduit », explique-t-il.


Les sœurs de Sainte-Croix n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.