/news/coronavirus

Espagne: après le retour de la fête, le gouvernement appelle à la «responsabilité»

Au lendemain de la levée de l'état d'urgence sanitaire en Espagne, les scènes de liesse de fêtards sans masque ni distance choquaient dans le pays, amenant le gouvernement à lancer lundi un appel à la «responsabilité».

• À lire aussi: EN DIRECT | Les derniers développements sur le coronavirus

• À lire aussi: Vent de liberté en Espagne avec la levée partielle des restrictions sanitaires

«La fin du régime d'exception ne veut pas dire la fin des restrictions», a insisté le ministre de la Justice Juan Carlos Campo, qui s'est fendu d'une tribune dans le quotidien El Pais.

«Les autorités doivent continuer à agir et les citoyens avoir un comportement responsable», a-t-il poursuivi.

En voyage en Grèce, le premier ministre Pedro Sanchez a, lui, souligné l'importance de «ne pas baisser la garde».

«La vaccination avance bien, avec des résultats très positifs», mais «le virus continue de circuler et nous devons maintenir les gestes barrières», a-t-il dit.

Après avoir enduré des mois de couvre-feu et de bouclage des régions, dont on ne pouvait ni entrer ni sortir depuis l'imposition fin octobre de l'état d'urgence sanitaire, les Espagnols ont retrouvé depuis dimanche à 00h une certaine liberté.

À la Une lundi des quotidiens espagnols, les images de fêtards se baignant dans une fontaine à Madrid ou dansant sur la plage à Barcelone, sans masque ni distance sociale, ont choqué.

Le maire de Madrid José Luis Martinez-Almeida (droite) a ainsi estimé que «la liberté, ce n'est pas faire des "botellones"», terme désignant les grandes beuveries dans la rue.

Figure nationale de la lutte contre la pandémie, l'épidémiologiste Fernando Simon s'est dit «déçu» face à ces images «parce que, clairement, le message n'est pas passé comme il aurait dû».

L'opposition attaque Sanchez

L'opposition de droite - pourtant très permissive dans la région de Madrid qu'elle dirige et où bars et restaurants sont restés ouverts depuis juin 2020 - a immédiatement rejeté la responsabilité sur le gouvernement.

«Le seul responsable des rassemblements dans les rues, c'est Pedro Sanchez», a dénoncé lundi le leader du Parti populaire (PP), Pablo Casado, en accusant le gouvernement de ne pas avoir imaginé un plan B pour gérer la crise sanitaire, une fois l'état d'urgence levé.

«Le gouvernement central a manqué d'anticipation», a renchéri Juan Manuel Moreno, président PP de l'Andalousie (sud), la région la plus peuplée du pays, qui a réclamé de la «coordination» entre les régions. 

La bière ou la vie

Tentant de justifier sa décision, le gouvernement a assuré, par la voix du ministre de la Justice, que les règles étaient «adaptées» à la phase actuelle de la pandémie.

Les régions, compétentes en matière de gestion de la crise sanitaire dans ce pays très décentralisé, peuvent en effet toujours limiter les horaires d'ouverture ou la capacité d'accueil des bars, des restaurants ou des commerces.

Elles peuvent aussi demander le rétablissement d'un couvre-feu ou le bouclage de leur territoire, mais, l'état d'urgence ayant été levé, elles doivent pour cela disposer du feu vert de la justice, car ces mesures restreignent les libertés fondamentales.

L'archipel touristique des Baléares comme la région de Valence l'ont par exemple obtenu pour conserver un couvre-feu.

«Personne n'a jamais discuté de ce qui vaut plus: une bière ou une vie», a lancé, sur Twitter, le président socialiste de la région de Valence (est), Ximo Puig. 

En revanche, dans l'archipel des Canaries ou au Pays Basque, les tribunaux locaux ont rejeté les demandes de maintien d'un couvre-feu, mais les Canaries ont d'ores et déjà annoncé qu'elles feraient appel. 

Le gouvernement a en effet permis la semaine dernière aux régions de faire appel devant le Tribunal suprême, la plus haute juridiction en Espagne, afin de tenter d'amadouer celles qui réclamaient une prolongation de l'état d'urgence face aux craintes de rebond des contagions. 

Le Tribunal suprême devra trancher et fixer le cadre général pour tout le pays, a souligné le ministre de la Justice, ajoutant même que le gouvernement était prêt à «proposer» des «changements législatifs supplémentaires» à la lumière de cette future décision de justice.

Dans la même catégorie