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Pourquoi le prix du bois a-t-il autant explosé?

Baisse de production durant le confinement de l'an dernier, conflit du bois d'oeuvre, maladies et incendies dans l'ouest canadien, plusieurs facteurs expliquent les hausses des matériaux dans la construction, dont les prix sont fixés par le marché nord-américain. 

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Depuis un an, on s'arrache le bois à des prix dont cette industrie cyclique n'osait même pas rêver, comme on le voit avec ceux du colombage de janvier 2020 à avril 2021.

«On est aux environs de 1500-1600 dollars du mille pieds de planche à la scierie. Et le prix du marché devrait être quelque part entre 550 et 750 dollars», explique Jean-François Samray, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ).

Alors que les scieries disent produire actuellement à 80% de leur capacité, l'industrie espère convaincre les propriétaires des forêts privées et le ministère des Forêts pour faire plus de coupe afin de stabiliser les prix.

Actuellement, le Québec produit 6 millions de mètres cubes de bois. C'est normalement presque trois fois plus que les besoins annuels de la province.

Les Québécois plus dépensiers   

Autre facteur déterminant, les Québécois ont beaucoup d'argent à dépenser en construction.

«Déjà l'année dernière, on a battu au fond les records qu'on attendait. On était, au tournant de l'année, autour de 50 000 mises en chantier», note François Bernier, vice-président principal aux affaires publiques de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

«66% des Québécois souhaitent effectuer des travaux de rénovation cet été. Et on parle d'environ 11 000 à 14 000 dollars d'investis», ajoute Guillaume Houle de l’Association de la construction du Québec (ACQ).

Résultat : une inflation dans les prix jamais vue dans les commerces.

«La plupart des transformateurs de matériaux au Québec et en Ontario fonctionnent entre 50% et 75% de leur régime potentiel. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas assez de ressources premières et/ou ils n'ont pas assez de main-d'œuvre», raconte Richard Darveau, de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT).

Un bon exemple des prix qui explosent, ce sont les feuilles de contreplaqué. Juste avant la pandémie, elles se vendaient autour de 40$. Elles coûtent maintenant 100$ la feuille. Et c’est loin d’être fini...

«Les feuilles qui s'en viennent m'ont coûté au-delà de 100 $. Donc, le prix, je ne pourrai plus vendre ça à ce prix-là. Ça va être facilement 120-130 $ dans les semaines et mois à venir», mentionne Michel Arseneault, directeur des ventes chez L. Villeneuve & CIE.

Des pertes pour les promoteurs   

Au bout de la chaîne, des constructeurs qui s'arrachent les cheveux de la tête. C’est le cas chez Lys Réalisations en Beauce où on absorbe les pertes en espérant se rattraper dans les maisons suivantes, qu'on vend plus cher.

Mais ce n'est pas assez pour absorber ces hausses inflationnistes.

«La maison, elle augmenté de 25 000 $ sur un prix de 100 000$. Et on fait pas un dollar de plus sur la vente de notre maison ou en tant qu'entrepreneur», indique Sylvie Gilbert, présidente de l’entreprise.

Mais y a-t-il espoir que la situation se résorbe? La plupart des acteurs s'attendent à une stabilisation des prix à moyen terme et à un faible ralentissement de la demande. On ne peut cependant pas prédire quand.

«C'est un peu comme la bourse, sauf que moi, je m'attends à des prix hauts pour une couple d'années encore», estime Michel Arseneault.

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