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Québec pourrait perdre gros dans Bioénergie AE

Bioénergie AE Côte-Nord

Capture d’écran tirée de YouTube

L’usine de biocarburant Bioénergie AE Côte-Nord, à Port Cartier, s’est placée, ces derniers jours, à l’abri de ses créanciers. Québec et Ottawa ont des dizaines de millions de dollars à l’enjeu dans ce projet qui bat de l’aile.

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Dans des documents publics, on peut lire que la requête de Bioénergie, propriété d’Ensyn Bioenergy Canada et de Biogaz (Groupe Rémabec et Produits Forestiers Arbec), s’inscrit « dans un contexte global de réorganisation, de refinancement et de mise en marché de l’usine ». 

C’est le syndic Raymond Chabot qui a été mandaté pour piloter ce dossier. Bioénergie, qui traverse « une crise de liquidités », note-t-on, est maintenant sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Les dettes de l’entreprise s’élèvent à plus de 136 M$ et des dossiers avec des entrepreneurs qui ont participé à la construction de l’usine, comme les Industries Fournier et AXC Construction, sont devant les tribunaux. Les réclamations, dont certaines se superposent, dépassent les 22 millions $. 

L’objectif de la direction était de produire par an 40 millions de litres de biohuile à partir de résidus forestiers. Le plan d’affaires prévoyait que l’établissement puisse dégager des bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements annuels d’environ 12 millions $.

Nombreux retards

Or, depuis 2017, selon une source, ce projet accumule les déficits qui s’élèvent aujourd’hui à des millions de dollars en raison notamment de retards dans les travaux de construction et de dépassements de coûts. Par ailleurs, l’entreprise a été « incapable de générer des revenus » au fil des ans.

« Les équipements servant à produire le biocarburant sont défectueux et incapables de satisfaire les critères de performance requis en raison de graves défauts de conception, de fabrication ou d’installation, ou une combinaison de ces défauts », explique-t-on dans les documents publics.

Bioénergie poursuit les fournisseurs de ces équipements, soit Envergent Technologies et UOP, afin qu’ils paient la facture des travaux nécessaires pour corriger l’ensemble des défauts. Pour sa part, Envergent, dont Ensyn est également l’un des coactionnaires, nie toute responsabilité. 

Envergent fait aussi partie de la liste des 24 créanciers.

L’usine, qui est « substantiellement achevée », est maintenant arrêtée depuis mars 2020 et il ne reste que quatre employés sur 30. Les coactionnaires ne s’entendent pas sur un plan d’investissement pour la relance. Des représentants d’Ensyn ont notamment voté pour la cession des biens.

Investissements de plus de 125 M$

Jusqu’à présent, ce projet d’usine a nécessité des investissements de plus de 125 M$. Cet argent provient entre autres de prêts d’Investissement Québec (IQ) et de Technologies du Développement Durable Canada, de subventions, de crédits d’impôt de Québec et d’avances des actionnaires.

Dans les documents de la cour, on mentionne que Bioénergie doit au ministère des Finances du Québec 20,87 M$ reçus à titre de crédits d’impôt à l’investissement. L’entreprise doit également 22,97 M$ à IQ et 27 M$ à Technologies du Développement Durable Canada.

Le gouvernement attentif

Pour poursuivre ses activités, Bioénergie a besoin de dénicher un nouveau financement. Biogaz a accepté de verser 1,5 M$, sous certaines conditions, pour supporter les besoins du groupe pour les six prochains mois.

Entre-temps, la direction espère régler ses problèmes d’équipements, trouver un nouvel investisseur, négocier avec le locateur du terrain (Arbec) et signer un contrat avec un partenaire pour la vente du biocarburant. 

Il n’a pas été possible de parler, hier, avec un responsable chez Bioénergie. Le syndic n’a également pas retourné les demandes d’entrevue du Journal.

Du côté du gouvernement Legault, on dit suivre « l’évolution de la situation de près » et être ouvert à analyser une demande pour un projet de relance.

« Le projet de Bioénergie AE Côte-Nord présente un potentiel intéressant que nous voulons supporter au ministère de l’Économie et de l’Innovation, mais des joueurs financiers et stratégiques doivent contribuer au projet pour qu’il soit en mesure de relancer ses activités », a répondu Mathieu St-Amand, attaché de presse du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

— Avec la collaboration de Philippe Langlois