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«Bernard n’a jamais pris le fait d’avoir contracté le VIH», dit sa soeur

Décédé des suites du VIH, Bernard Lachance n’aurait jamais accepté le fait d’avoir contracté la maladie, le poussant ainsi à se réfugier derrière des théories complotistes niant l’existence du virus, selon une de ses sœurs.

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«Bernard n’a jamais pris le fait d’avoir contracté le VIH. C’était vraiment un coup de masse qu’il a vécu au départ. Il vivait un petit peu dans une double vie, peu de gens savaient qu’il était homosexuel», explique Marie-Claude Lachance.

«Le fait d’être obligé de prendre trois grosses pilules (...) tous les jours, ça lui rappelait qu’il avait attrapé le VIH», ajoute-t-elle.

Selon Marie-Claude, les théories complotistes ont été une porte de sortie pour le chanteur.

«Quand y’a vu dans les conspirationnistes la possibilité que ça n’existait pas, que c’était un complot pharmaceutique, il a sauté là-dedans à pieds joints», dit-elle.

Mme Lachance et sa sœur, Lise, ont coupé les ponts avec leur frère dans les dernières années. 

«C’était vraiment une relation troublante qu’on avait avec Bernard parce que c’était son seul sujet de conversation», raconte-t-elle.

Les sœurs Lachance dénonçaient la propagande qu’il faisait et qui a entraîné de nombreuses personnes à abandonner leur trithérapie.

«C’est pathétique parce que Bernard ne voulait pas prendre ses médicaments parce que ça faisait juste enrichir les compagnies pharmaceutiques qui faisaient de l’argent sur le dos des malades», mentionne Marie-Claude Lachance.

En contrepartie, Bernard Lachance a dépensé des milliers de dollars en produits naturels, selon sa soeur.

Cette dernière incite les gens atteints de la maladie à poursuivre leur traitement de trithérapie. «Pour ceux qui doutent, ça fonctionne ce traitement-là. L’espérance de vie de vie des gens est égale à ceux qui sont séronégatifs.»

Un douloureux message      

De son côté, Lise s’est dite «animée par le désir de passer un message» à tous ceux qui croient aux théories du complot ou à leurs proches.

«J’ai été très étonné quand ma sœur m’a dit qu’il était dans ces idées-là, parce que moi je ne l’ai pas connu comme ça», a expliqué Lise Lachance en entrevue à QUB radio, mercredi.

La sœur de Bernard Lachance a raconté, au micro de Geneviève Pettersen, qu’avant de sombrer dans les théories du complot comme celle voulant que le VIH soit une invention de l’industrie pharmaceutique, son frère était «très pratico-pratique» et «rationnel».

L’artiste, connu pour avoir participé à l’émission d’Oprah Winfrey, pouvait aller jusqu’à rire de tout ce qui touchait à la religion, aux croyances et se moquait même des complotistes.

Une notoriété trouvée chez les complotistes?      

Lise Lachance s’explique mal ce changement drastique, mais croit que son frère appréciait la notoriété que le mouvement conspirationniste lui conférait: «Ayant touché à la gloire, je pense que Bernard n’était pas capable d’assumer l’échec de sa carrière de chanteur et surtout pas capable d’assumer le fait qu’il avait cette maladie».

«Il a toujours cherché à avoir l’attention et puis comme il ne l’avait pas par le biais de sa carrière, je pense qu’il a cherché l’attention autrement», a-t-elle ajouté.

Devenu très populaire auprès de certains leaders complotistes, l’homme qui a été le patient du réputé médecin Dr Réjean Thomas avait déjà évoqué dans le passé que son éventuel décès ne serait pas lié au VIH, mais plutôt à un empoisonnement.

Des propos auxquels plusieurs internautes ont fait échos sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de Lise Lachance annonçant le décès de son frère.

«Il est mort, il était affaibli, il était squelettique et ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y a des gens qui pense qu’il a été assassiné. Là, ça va trop loin, je trouve ça effroyable», a déploré Mme Lachance.

Malgré tout, elle se dit convaincue que son frère savait qu’il était sur le point de rendre son dernier souffle.

«Je pense qu’il sentait qu’il allait mourir, parce qu’il a fait des gestes d’adieu à ses proches», a-t-elle précisé.

«J'ai fait mon deuil de mon frère en 2016»      

Lise Lachance, qui avait complètement coupé les ponts avec son frère en 2016, n’a toutefois pas reçu un tel geste de sa part: «J’ai pleuré les larmes de mon corps à ce moment-là parce que j’ai choisi de couper les ponts avec quelqu’un que j’aimais profondément. Je le savais qu’il n'allait pas bien et que je ne pouvais pas l’aider».

Mme Lachance ne regrette pas cette décision difficile qui lui a permis de se protéger elle-même. Elle se dit rassurée de savoir que son frère a eu quelqu’un à ses côtés jusqu’à la fin.

«Je pense que quand on a affaire à quelqu’un qui a des propos haineux, ça ne sert à rien d’essayer d’écraser l’autre, sauve qui peut. Faut s’en aller et se protéger soi-même et laisser les personnes s’en sortir. Malheureusement, il ne s’en est pas sorti et beaucoup de gens se sont éloignés de lui», a expliqué Lise Lachance.

Comment faire pour réparer un lien ou créer un dialogue avec des proches qui adhèrent à ce type de théories, c’est une question «très compliquée» et «chaque cas est unique», a-t-elle conclu.

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