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Les interventions policières filmées avec une caméra corporelle seraient jugées plus sévèrement

On jugerait plus sévèrement les interventions policières filmées à partir d'une caméra corporelle que celles filmées à partir d’une caméra de surveillance, selon une nouvelle étude de l’Université de Montréal.

• À lire aussi: Police: le port de caméras pourrait décharger les tribunaux

Dans le cadre de l'étude, 600 personnes, divisées en trois groupes, ont visionné des enregistrements vidéo d’interventions policières fictives obtenus d’une caméra corporelle portée par un policier, d’une caméra de surveillance qui filmait toute la scène et un autre d'un téléphone cellulaire, nous apprend un article sur l'étude. 

Les participants ont tous jugé plus sévèrement les interventions policières lorsqu'elles étaient vues d'une caméra corporelle, rapporte Rémi Boivin, professeur de l'École de criminologie de l'Université de Montréal et auteur de l'étude. 

«Les répondants étudiants ont trouvé l'intervention très discutable, peu importe le point de vue. Mais les aspirants-policiers étaient, à la base, plus ambivalents, ce qui offrait du jeu pour qu'ils soient influencés par le point de vue», explique-t-il. 

Ces résultats ont d'ailleurs surpris celui qui est aussi directeur du Centre international de criminologie comparée de l’UdeM. «Notre hypothèse de travail était l'exact inverse de ce qui a été trouvé», soutient-il. 

Interprétations   

Rémi Boivin rappelle que l’utilisation de caméras corporelles chez les policiers est assez récente. Ces outils offrent à la population un accès inédit au travail des policiers. 

«Le simple fait de voir le travail des policiers en vrai, c’est une nouveauté pour l’immense majorité des participants. La majorité des gens n’ont jamais été arrêtés et ne savent pas comment ça se passe, a-t-il dit. Ça a un impact sur ce qu’on pense de la police de façon générale, mais aussi sur ce qu’on pense de façon spécifique sur l’intervention montrée.»

Or, les chercheurs avertissent que les images pourraient éventuellement influencer un jury dans un procès.

«Il ne faut pas prendre pour acquis qu'un enregistrement c'est neutre», indique M. Boivin.

Selon lui, l'utilisation des caméras portatives n'est pas toujours adaptée à la réalité policière. Ces caméras peuvent en effet montrer une partie incomplète de l'intervention ou encore des images brouillées de la scène en raison des mouvements que font les policiers.

Il réitère toutefois l'utilité de ces appareils dans certains cas, comme dans l'affaire Mamadi III Fara Camara, ce Montréalais faussement accusé d'avoir tenté de tuer un policier à Montréal.

Situation au Québec et ailleurs   

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a lui aussi mené une expérience avec 78 agents, conclut que la preuve doit être recueillie avec beaucoup de doigté. Par exemple, dans le cas d'une agression sexuelle où les policiers seraient dans lieux privés comme une salle de bain, note David Shane, inspecteur du SPVM.

Or, la caméra peut aussi permettre de désamorcer certaines situations, selon François Lemay, président de la Fédération des policiers et des policières municipaux du Québec (FPMQ).

«Les gens, parce qu'ils sont filmés, auront peut-être moins envie de créer cette escalade verbale et qui peut en venir à des coups plus tard, explique M. Lemay. Des fois, dans une intervention, il faut utiliser la force. Alors, après ça, on expliquera ces quoi les motifs.»

Des villes à travers le monde, comme New York ou encore Toronto, ont doté leurs policiers de caméras corporelles. 

Au Québec, des agents de la Sûreté du Québec portent depuis deux semaines des caméras portatives dans le cadre d’un projet pilote dont l'objectif est d'évaluer l’usage de cette technologie. 

En février, Ensemble Montréal avait exigé l’implantation immédiate de caméras portatives sur les policiers du Service de police de la Ville de Montréal. 

Par ailleurs, une étude rapportée par Le Journal il y a quelques jours rapportait que l’utilisation de caméras portatives par les policiers pourrait diminuer de 20% le temps de traitement d’un dossier devant les tribunaux, selon une étude.

- Avec TVA Nouvelles

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