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Les cas d’intimidation se sont poursuivis à l’école des Sacrés-Cœurs

Intimidation

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Quatre mères avaient choisi, dès 2014, de déposer des plaintes à la Direction de l’enseignement privé afin de faire la lumière sur des cas d’intimidation à l’Académie des Sacrés-Cœurs, une école primaire privée de Saint-Bruno-de-Montarville.

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Bien des années plus tard et avec des mesures apportées dans l’établissement, elles ont appris que des informations leur avaient été cachées.

Christine Gingras avait été la première mère à se plaindre du traitement réservé à sa fille à l’école de la Rive-Sud de Montréal, en mai 2014. Trois autres femmes ont joint la lutte deux ans plus tard, avec de troublants témoignages de leurs enfants, qui ont fréquenté l’Académie.

À la suite des recommandations du Protecteur du citoyen de juin 2018, le ministère a préconisé des révisions dans le code de vie de 2017-2018 pour contrer l’intimidation.

Des documents fournis à l’Agence QMI par Mme Gingras indiquent tout de même qu’une vérification auprès de l’école a été réalisée malgré le fait que le ministère a stipulé le 1er février 2019 au Protecteur du citoyen, qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Dans un rapport de la Direction de l’enseignement privé (DEP) daté du 15 mars 2019, et obtenu grâce à la loi d’accès à l’information par Sonia Grenon, l’une des quatre mères, on apprend que le problème d’intimidation a perduré de 2014 à 2018, jusqu’aux ajustements qui ont été apportés par le ministère en mars de cette année-là.

«Pendant quatre années consécutives, soit celles au cours desquelles les plaintes ont été déposées à la DEP, l’Académie a noté les mêmes types de problématiques dans le cadre de son plan de lutte, c’est-à-dire l’exclusion (surtout au 3e cycle) ainsi que le rejet des élèves ayant une différence. Pour ces quatre années, le modèle d’intervention est toutefois demeuré le même», peut-on lire.

Or, dans une lettre envoyée au Protecteur du citoyen le 1er février 2019, la Direction de l’enseignement privé ne notait aucune plainte depuis les événements rapportés à l’Académie des Sacrés-Cœurs, soit en plus de cinq ans. Cependant, ils ont noté qu’il y a eu de nouvelles victimes jusqu’en 2018.

Le gouvernement ajoute que la plupart des membres du personnel de l’époque ont quitté l’endroit depuis et que «la sécurité physique et psychologique des élèves impliqués dans ces événements n'est évidemment plus en cause au sein de l'établissement».

L'insécurité toujours présente

«Ce n’est pas parce qu’un enfant n’est plus en face de son intimidateur qu’il ne ressent plus d’insécurité psychologique», a confié en entrevue avec l’Agence QMI Christine Gingras, jeudi.

Pourtant, à la lumière de ces observations et en raison de la «maîtrise du dossier» par l’établissement, l’organisme ministériel écrivait que «l'initiative d'une procédure d'enquête ne nous semble pas indiquée».

Pour qu’il y ait investigation, Christine Gingras et les trois autres mères ont ainsi intenté des poursuites, dès juin 2019, puis en octobre 2020, envers le ministère de l’Éducation et l’Académie des Sacrés-Cœurs.

«On poursuit le gouvernement parce qu’il a donné la possibilité à l’école de se protéger par les faux constats du ministère. Ils n’ont pas fait enquête. Tel que le Protecteur du citoyen le mentionne, le gouvernement ne peut exprimer une position officielle sans faire d’enquête», a plaidé Mme Gingras.

«On poursuit l’école parce qu’il n’y avait notamment pas de mesures graduées envers les intimidateurs. Toutes les recommandations que le gouvernement a faites (en 2018), ce n’était pas comme ça en 2014 et on le dénonçait», a-t-elle ajouté.