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Ne pas confondre le SPQ Libre avec le CAD de Québec solidaire

Photo d'archives, Agence QMI

Il serait tentant d’établir un parallèle entre le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), actif dans le Parti québécois de 2005 jusqu’à son expulsion en mars 2010, avec le Collectif antiraciste décolonial (CAD) de Québec solidaire, actuellement sur la sellette. Mais il serait inapproprié.  

Selon les statuts de Québec solidaire, le CAD n’a besoin que de dix membres en règle pour exister. Dans le cas du SPQ Libre, les statuts du parti exigeaient la présence de 200 membres en règle. Peu avant son expulsion, le SPQ Libre a déposé à la permanence du PQ une liste de 313 membres en règle. 

Plus fondamentalement, contrairement au CAD, le SPQ Libre n’avait pas de visées fractionnelles. Nous défendions les orientations fondamentales du PQ : l’indépendance nationale et un programme social-démocrate. 

Indépendance et social-démocratie

Nous dénoncions le report de l’indépendance aux calendes grecques. Nous avons combattu le virage néolibéral « New Labour » d’André Boisclair et celui de Pauline Marois privilégiant « l’enrichissement individuel » sur l’enrichissement collectif. 

Parmi nos combats victorieux dans les instances du parti, mentionnons l’adoption au congrès de 2005 d’une proposition pour l’abolition des subventions publiques aux écoles privées et, en 2006, une proposition en faveur de la nationalisation de l’éolien contre André Boisclair et un certain François Legault. 

Au congrès de 2011, nous avons, avec Pierre Curzi, contribué à faire inscrire dans le programme l’extension des dispositions de la loi 101 au cégep. Lors du même congrès, nous avons remporté sur le plancher du congrès un vote en faveur du rétablissement de l’affichage unilingue, jusqu’à ce que Mme Marois utilise une disposition extraordinaire (la « reconsidération » du vote) pour renverser la décision de la majorité. 

Le SPQ Libre a lutté farouchement pour l’inscription des droits des travailleurs dans le programme du parti. Surtout après l’abandon par André Boisclair du « préjugé favorable aux travailleurs », inscrit dans l’ADN du parti depuis sa création. 

Au congrès de 2011, la direction du parti a manœuvré pour éviter que les propositions relatives aux droits des travailleurs soient débattues. Le PQ dirigé par Mme Marois s’est alors retrouvé, pour la première fois de son histoire, sans programme pour les travailleurs. De multiples interventions des membres du SPQ Libre (qui continuaient à militer dans le PQ malgré l’expulsion du club politique) ont permis que des éléments de programme refassent leur apparition. 

L’expulsion du SPQ Libre

Revenons maintenant sur l’expulsion du SPQ Libre pour rétablir certains faits. Dans son autobiographie, Pauline Marois, au-delà du pouvoir (Québec Amérique), Mme Marois justifie l’exclusion du SPQ Libre par le « statut spécial » et les « privilèges » qu’aurait détenus le club politique. Elle écrit que le congrès de 2005 « avait accordé au SPQ Libre une place exclusive pour faire entendre sa voix lors des conseils nationaux et des congrès ». 

Rectifions. Le congrès n’avait pas accordé une « place exclusive » au SPQ Libre. Les statuts ouvraient la porte à la création de plusieurs clubs politiques. D’autres clubs politiques étaient en gestation. Mais la démission subite de M. Landry et l’hostilité de son successeur, André Boisclair, à l’existence de clubs politiques au sein du PQ, ont fait avorter ces projets. 

Mme Marois aurait pu renouer avec l’initiative de M. Landry. Mais dès son élection à la tête du parti, elle nous a demandé de nous dissoudre, ce que nous avons refusé de faire. Dans son livre, elle invoque, au-delà du « statut spécial » et des « privilèges », un argument idéologique pour justifier l’expulsion du SPQ Libre. Elle écrit : « Quand je suis arrivée à la direction du parti, j’ai affirmé que je ne m’engagerais certainement pas à tenir un référendum sur la souveraineté sans avoir l’intime conviction que le Oui avait une véritable chance de l’emporter. Le SPQ Libre s’opposait farouchement à cette orientation. » 

Était-ce là un motif légitime d’expulsion, alors que les statuts autorisaient l’expression de points de vue minoritaires ? Le plus amusant dans tout cela est le justificatif invoqué par le président du parti, Jonathan Valois, lors d’une session à huis clos, pour exclure le SPQ Libre. Valois a lu le préambule de notre Déclaration de principes, où il n’était question de façon générale que de la formation d’un club politique, avant de conclure : « Vous voyez, ces gens-là ne prônent pas l’indépendance du Québec ! » 

Mme Marois écrit aujourd’hui que nous avons été exclus parce que nous prônions l’indépendance, alors que Valois a plaidé pour justifier notre expulsion le fait que nous ne la prônions pas !!! Le plus ironique dans tout cela est que le « très indépendantiste » Jonathan Valois de 2010 n’a pas hésité à renier ses « profondes convictions indépendantistes » pour devenir aujourd’hui directeur de cabinet de François Legault ! 

La véritable raison de notre expulsion

Il n’est pas sans intérêt de rappeler le contexte de l’expulsion du SPQ Libre au Conseil national des 13 et 14 mars 2010 à Lévis. Mme Marois avait décidé de frapper un grand coup en direction de l’électorat adéquiste avec un colloque sur l’économie dont le thème était « Gouvernement souverainiste et création de la richesse ». Le document soutenait que « ce n’est plus l’État qui doit être au cœur de notre enrichissement national », mais les individus. 

Le SPQ Libre a pris le contrepied de la position de Mme Marois dans un texte qui est paru dans Le Devoir du 12 mars sous le titre « S’enrichir durablement, c’est s’enrichir collectivement ». Le SPQ Libre a été expulsé, au mépris des statuts, mais les délégués ont refusé de suivre Mme Marois sur la question de l’enrichissement personnel. Encore une fois, le SPQ Libre était au diapason avec les membres du PQ. C’était là le véritable irritant pour Mme Marois. 

Marc Laviolette et Pierre Dubuc

*étaient respectivement président et secrétaire du SPQ Libre

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