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Hausse vertigineuse de l’extrême droite au Québec

Archives Pascal Huot

Les activités de l’extrême droite au Québec ont connu une hausse fulgurante au cours de la dernière décennie, passant de deux incidents par année à deux par semaine, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui, qui montre que ce mouvement se radicalise plus que jamais.

Le Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) a recensé 521 événements de l’extrême droite au cours des 10 dernières années. 

Crimes, manifestations, actions militantes, concerts, conférences et activités politiques ont été scrutés à la loupe par les chercheurs du CEFIR. De 2010 à 2020, ils notent que le mouvement est passé de 2 à 129 activités annuelles au Québec. 

Archives Pascal Huot

«C’est une progression de 6350% des activités de l’extrême droite en 10 ans. On se doutait qu’il y avait une augmentation. Par contre, jamais je n’aurais cru que c’était de cette ampleur-là», confie Martin Geoffroy, directeur du CEFIR. 

Pour en arriver à ces résultats, les chercheurs ont fouillé scrupuleusement les médias sociaux, les médias traditionnels, en plus d’observer des événements sur le terrain. 

«On pense souvent que l’extrême droite est seulement sur Internet, mais non. On voulait aussi quantifier ce qui se produisait en vrai. C’est quelque chose qui ne s'était jamais fait auparavant et c’est pourquoi on produit ce rapport», explique Martin Geoffroy. 

Chantal Poirier

Des «extrémistes» très actifs  

La mesure de la montée de l’extrême droite au Québec est devenue possible, entre autres, grâce à des militants qui sont sous la loupe du CEFIR. 

Le groupe Atalante est de loin le plus actif du mouvement puisque celui-ci est responsable de 194 événements durant les dix dernières années. Selon le rapport, en deuxième position, on retrouve les groupes anti-mesures sanitaires qui sont pour leur part à l’origine de 72 activités. 

«Pour nous, ces groupes sont des extrémistes parce qu’ils refusent de jouer le jeu de la démocratie libérale. C'est-à-dire que pour s’exprimer, ils ne le feront pas à travers un parti politique. Bref, ce sont des individus qui veulent renverser le gouvernement», précise le directeur du directeur du CEFIR. 

Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio: 

2020, pire année  

Martin Geoffroy souligne que l’extrême droite a enregistré une hausse marquée à partir de 2015 et a pris de l’ampleur au cours des années qui ont suivi. 

L’élection de Donald Trump, l’attentat à la mosquée de Québec, les demandeurs d’asile à la frontière canado-américaine et l’élection de la CAQ sont parmi les événements qui ont donné le vent dans les voiles au mouvement. 

Selon le CEFIR, 2020 a été l’année la plus active de l’extrême droite en ce qui concerne les crimes et les manifestations au Québec. 

«La pandémie a exacerbé le problème. Par contre, même une fois la pandémie terminée, l'emprise de la théorie du complot sur ces individus va être difficile à défaire. [...] Certaines personnes de ces groupes vivent avec des problèmes mentaux. Mais ils ont tous au moins une chose en commun : l’impression de vivre une injustice persistante», conclut Martin Geoffroy. 

GROUPES LES PLUS ACTIFS DE 2010 à 2020  

• Atalante (194 événements) 

• Groupes anti-mesures sanitaires (72 événements) 

• Fédération des Québécois de souche (47 événements) 

• La Meute (40 événements) 

• Tradition Québec (31 événements) 

• Storm Alliance (30 événements)

En tout, le CEFIR a recensé 45 groupes d’extrême droite au cours des 10 dernières années dans la province. 

Quatre phases de développement de l’extrême droite au Québec :    

  1. De 2010 à 2013, l’extrême droite est articulée autour de la scène «skinhead».   
  2. Entre 2014 et 2016, on assiste à la création de plusieurs nouveaux groupes. Les conférences représentent l’un des principaux types d’activités du mouvement.    
  3. L’extrême droite devient très visible publiquement entre 2017 et 2019. Avec l’élection de Donald Trump, plusieurs mouvements continuent d’apparaitre.    
  4. En 2020, la plupart des groupes deviennent inactifs dans le contexte de la pandémie, mais l’extrême droite se réorganise autour des groupes anti-mesures sanitaires.       

TYPES D’ACTIVITÉS OBSERVÉES PAR L’EXTRÊME DROITE   

• 228 actions militantes (44%) 

• 114 manifestations (22%) 

• 70 conférences (13%) 

• 64 crimes (12%) 

• 35 concerts (7%) 

• 10 activités politiques (2%)

Les chercheurs du rapport notent que 2020 est l’année la plus violente que la province ait connue depuis le début de la décennie. La violence (notamment physique) a augmenté fortement d’environ 133%.