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Où est donc passé le temps des calèches?

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Les calèches dans toutes les villes touristiques sont un attrait indéniable. Lors d’une de mes marches l’hiver dernier dans le Vieux-Québec j’ai pu échanger près de la porte Saint-Louis avec un cocher qui brossait son cheval qui semblait tout autant son outil de travail que son compagnon. Il avait déjà eu une grosse compagnie et des employés, mais avait dû ralentir la cadence en raison de l’âge et des nouvelles restrictions imposées au fil des ans à la profession. Mais assurément il aimait, et son métier, et son cheval.  

Il m’a raconté du coup l’histoire du Vieux-Québec qui l’a vu naître. L’intra-muros est devenu son terrain jeu dans lequel il a distrait au fil des ans les voyageurs en provenance de partout sur la planète en jouant au guide touristique. 

Si les chevaux de Québec sont pour le moment sauvés, il n’en est pas de même à Montréal où la mairesse Plante qui prône pourtant une ville verte et récréotouristique a interdit les calèches en janvier 2020. 

Depuis, certains chevaux ont trouvé des refuges, mais d’autres « errent » encore au centre-ville. J’exagère un peu en disant errent encore, mais disons qu’ils sont laissés en liberté dans un vaste enclos au coin de la rue des Seigneurs sur le site même où se trouvent d’anciennes écuries un peu délabrées. Ces écuries manquent certes un peu d’amour et finiront assurément en tours à condos, mais, en attendant, les chevaux à la retraite forcée réclament un soutien. 

Leur propriétaire a agrafé des affiches dans les grillages du large enclos : « Laissez-nous vivre nos vies avec nos chevaux » ou « Les chevaux ont toujours eu un suivi professionnel ». 

Quel avenir pour les chevaux de Montréal?

Les Montréalais se baladant en vélo, à pied, et en poussette dans les quartiers en développement Griffintown et Griffintown 2/Pointe-Saint-Charles et s’arrêtent pour les caresser, mais quel réel avenir attend ces chevaux mis hors circuit ? 

Espérons que dans sa démarche répressive envers la profession de cocher et la mise à l’arrêt des calèches que la ville de Montréal a un plan de recyclage autre que l’abattoir pour des animaux qui ont servi pendant des années à l’animation du Vieux-Montréal. 

À l’heure où le tourisme se meurt avec moins d’un million de visiteurs à Montréal en 2020 et en cette période où il faudra trouver des méthodes attractives pour accueillir dès 2022 à nouveau 11 millions de touristes par an, il faudra peut-être à nouveau compter sur les chevaux et sur leurs cochers. 

Toutes les villes touristiques ont leurs calèches!

On n’imagine pas Rome et Florence sans chevaux. On le sait tous, les villes touristiques ont toutes leurs calèches pour une ballade romantique ou familiale. Moi qui suis allé si souvent en Italie, je n’imagine même pas les maires de Florence ou de Rome mettre fin à cette tradition qui doit et peut se faire en tout respect du bien-être animal. 

Pour ce qui est de Rome, la ville a approuvé en décembre 2020 le transfert définitif des calèches touristiques à chevaux dans trois grands parcs pour leur éviter la cohabitation avec le trafic automobile. Mais il n’était pas question de mettre fin à cette pratique car comme le rappelle la mairesse de Rome Virginia Raggi : « C’est un jalon historique pour une ville moderne respectueuse de l’environnement et des animaux ». 

Certes, le nouveau règlement prévoit le recours exclusif à quelques races de chevaux de trait, des contrôles périodiques par des vétérinaires et une limite de sept heures de travail en respectant des pauses surtout durant les heures les plus chaudes en juillet et en août, mais les chevaux continueront d’arpenter la ville éternelle. Des amendes sont à la clef pour les contrevenants et celles-ci s’étaleront de 500 euros (780 $) à la révocation de la licence. Voilà comment Rome a sauvé intelligemment 21 conducteurs de calèches titulaires d’une licence officielle. 

La COVID 19 va déjà nous amener à perdre des aspects de notre vie d’avant, il n’était pas nécessaire que l’administration Plante raye de notre schéma des activités d’avant la pandémie telles que celles-ci. Peut-être même que nos amis les chevaux pourraient faire partie de la solution de demain au centre-ville de Montréal. 

Yannick Patelli
Éditeur La Vie agricole 

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