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Hydro-Québec dénigrée dans le Maine

Hydro Quebec- au Maine

Courtoisie: Hydro

L’industrie pétrolière et gazière s’active en coulisses pour empêcher Hydro-Québec de construire sa ligne de transport d’électricité au Maine. Il s’agit d’une véritable bataille de l’opinion publique et Le Journal s’est intéressé à ces réseaux qui sont financés par les énergies fossiles. 

Après son intervention à Québec la semaine dernière, la grande patronne d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, s’était montrée exaspérée en affirmant que l’industrie pétrolière jouait « sale ». 

« Ma patience achève », avait-elle dit, en guise d’avertissement. 

Un message qui n’est pas passé inaperçu sur certaines pages Facebook au Maine. « Elle délire », a indiqué un internaute à propos de Brochu. « Elle est contre les gens du Maine », « Encore de la bullshit », « Fake news », ont écrit d’autres opposants. 

Ces commentaires ont été générés à la suite d’une publication de Sandi Howard, la figure de l’opposition au Maine. Professeure de musique au New Hampshire, elle affirme vouloir défendre l’environnement et croit que la ligne ne servira pas les habitants du Maine, seulement ceux du Massachusetts. 

« Je suis guide, j’amène les touristes là-bas. Et je suis inquiète de l’impact des coupes forestières et des impacts environnementaux d’un tel projet. Et généralement, nous ne croyons pas que le projet pourrait permettre de diminuer les GES », a-t-elle indiqué au Journal

Pétrolières et écolos alliés

En réalité, Mme Howard représente deux organisations d’opposition, « Say NO to NECEC » et « No CMP Corridor ». 

Ces groupes sont financés à 95 % par un autre comité d’action politique, « Mainers for Local Power », qui a été mis sur pied par l’industrie pétrolière en vue de contrer Hydro au Maine. Faisant partie de ce groupe, il y a Calpine, l’entreprise qui possède la centrale électrique la plus polluante du Maine et dont l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada est l’un des principaux actionnaires.

« Je sais que certaines personnes peuvent penser qu’il s’agit d’une association bizarre. Mais nous avons regroupé des gens qui sont contre pour des raisons environnementales ou économiques et nous nous sommes unis sur ce dossier. Mais manifestement, nous avons moins d’argent qu’Hydro pour nous défendre », a-t-elle affirmé. 

Dans les faits, ces organisations profitent de l’argent de ces entreprises. Depuis le début de la campagne publicitaire, ces groupes ont dépensé 6,5 millions $ contre 6,7 millions $ pour Hydro-Québec. 

Mais le portrait n’est pas complet, car certains regroupements n’ont pas dévoilé leurs dépenses et demeurent largement opaques, ce qui a été dénoncé par la Commission d’éthique du Maine. 

Et les tactiques sont diverses. Par exemple, un groupe a payé 35 $/l’heure des « volontaires » afin d’obtenir des signatures pour un référendum qui se tiendra en novembre prochain. 

Dans certaines campagnes publicitaires, on utilise des images fortes, comme celle d’un jeune garçon et de son grand-père qui voient la forêt disparaître. 

Tucker Carlson s’en mêle

Il y a même l’animateur de la chaîne américaine d’extrême droite Tucker Carlson – qui a une maison au Maine – qui a sauté dans la mêlée. Sans liens apparents avec ces groupes, il affirme tout de même, à tort, que les pylônes auront des lumières clignotantes, que les amateurs de motoneige n’auront pas accès au corridor ou qu’Hydro-Québec ne fournit pas d’énergie propre. 

Dans un de ses reportages, on voit une autre figure d’opposition au projet, Duane Hansen, casquette vissée à la tête, qui ne mâche pas ses mots pour qualifier le projet. « Ils sont pleins de merde... », dit-il à Tucker Carlson.  

Attaques mensongères, dit Hydro

Contactée par Le Journal, Hydro se désole de ces campagnes « mensongères ». 

« Il se trouve que, dans le Nord-Est américain, ce projet est l’un des plus importants en matière de lutte aux changements climatiques. Hydro-Québec est confrontée à des pollueurs qui mènent une véritable campagne de désinformation pour protéger leurs intérêts », estime Lynn St-Laurent, porte-parole de la société d’État.

Selon elle, en acheminant l’hydroélectricité québécoise, « l’effet climatique sera l’équivalent d’enlever 700 000 voitures des routes à chaque année ».  

Quelques-uns des groupes qui s’activent contre la ligne de transport d’électricité d’Hydro-Québec dans le Maine  

Mainers for Local Power

Il s’agit d’un comité d’action politique qui croit que « les habitants du Maine devraient pouvoir prendre leurs propres décisions face à leur avenir énergétique sans interférence étrangère ».

Le comité est financé par des entreprises pétrolières et gazières, dont Vistra, NextEra et Calpine, qui est propriétaire de la centrale électrique la plus polluante du Maine. 


STOP CMP Corridor

La coalition se présente comme un groupe de citoyens qui « vont combattre la super autoroute électrique du Canada jusqu’au Massachusetts avec aucun bénéfice pour le Maine ». 

Récemment, le groupe a tenté de se soustraire à une exigence de produire des rapports financiers. Une enquête de la Commission d’éthique est en cours.  


Say no to NECEC

Le groupe se présente comme une organisation sans but lucratif qui défend l’environnement, l’éducation et qui est contre le développement industriel à large échelle dans l’ouest du Maine. 

Il est financé à 95 % par Mainers for Local Power. Ils ont formé un groupe d’action politique, « No CMP Corridor ». L’entièreté de leur financement n’a pas été dévoilée.