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Piquerie ambulante contre les surdoses

Journaliste dans piquerie roulante

Louis-Philippe Messier

Avec son rangement impeccable, ses structures amovibles et ses armoires métalliques, le site mobile d’injection supervisée aménagé dans un fourgon Sprinter par l’organisme communautaire L’Anonyme rappelle curieusement une cabine d’avion.

Sa propreté et son éclairage évoquent une clinique médicale. Dans ce lieu, des toxicomanes peuvent s’injecter leur dose de drogue plus en sécurité que dans un fond de ruelle.

Une trousse de premiers soins contenant défibrillateur et ballon-masque est assujettie au comptoir par un cordon élastique.

L’équipement de bord comporte des bandelettes capables de détecter la présence de fentanyl dans la drogue.

« Notre but ultime, c’est de prévenir et de soigner les gens qui font une surdose », m’explique Julien Montreuil, le directeur adjoint de L’Anonyme, un organisme communautaire connu depuis une trentaine d’années pour son gros autobus qui distribuent du matériel de consommation stérile. 

Une petite coupe de métal stérile pourvue d’un manche recouvert de plastique pour éviter de brûler ses doigts remplace la sempiternelle cuillère que l’on chauffe avec son briquet pour fondre la drogue.

Photo Louis-Philippe Messier

Une petite coupe de métal stérile pourvue d’un manche recouvert de plastique pour éviter de brûler ses doigts remplace la sempiternelle cuillère que l’on chauffe avec son briquet pour fondre la drogue.

Un véhicule discret

À moins de savoir que l’acronyme SIS inscrit sur le fourgon signifie « site d’injection supervisée », impossible de deviner qu’il s’agit d’un lieu dont la vocation est de permettre aux usagers de s’administrer de la drogue dure en minimisant les risques.

Par sa discrétion, le SIS mobile court-circuite l’habituel syndrome « pas dans ma cour » qui génère des tollés chez les résidents si un centre d’injection supervisée veut avoir pignon sur leur rue.

Dans le camion qui circule de 23 h à 5 h chaque nuit pour se rendre là où des usagers les appellent, ou vers les lieux où des consommateurs de drogue injectable se tiennent habituellement dehors la nuit, se trouvent une intervenante et une infirmière du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Julien Montreuil, directeur adjoint de l’organisme communautaire L’Anonyme, devant le camion clinique d’injection supervisée qui circule de nuit à Montréal.

Photo Louis-Philippe Messier

Julien Montreuil, directeur adjoint de l’organisme communautaire L’Anonyme, devant le camion clinique d’injection supervisée qui circule de nuit à Montréal.

« C’est considéré comme un service de santé quand on entre là-dedans, c’est comme un CLSC ou un hôpital », précise M. Montreuil.

Impossible toutefois de chiffrer le nombre de vies sauvées grâce à cette piquerie roulante sécuritaire qui va de nuit vers les gens les plus isolés et les plus maganés, non seulement pour veiller sur eux lorsqu’ils s’injectent, mais aussi pour leur parler, les aider, les orienter vers des services, etc.

Rien le matin

Lors de sa mise en service en 2017, le SIS était une première de son genre en Amérique du Nord et s’inspirait d’exemples allemands et espagnols. Le journal britannique The Guardian lui a consacré un article. Depuis, des organismes du reste du Canada ont imité son exemple. Avant la pandémie, Matty Walsh, l’ancien maire de Boston devenu récemment Secrétaire du travail de Joe Biden, a visité le SIS de L’Anonyme et il en serait ressorti vivement impressionné.

Mais si vous n’avez jamais entendu parler de cette clinique mobile nouveau genre, c’est que depuis son lancement, elle a opté pour la discrétion pendant ses années de rodage.

Certains dans l’organisme étaient réticents à médiatiser leur travail afin de préserver, justement, l’anonymat de L’Anonyme.

Ce que j’ai compris en parlant à une intervenante proche de l’organisme, c’est que ce service est déjà connu des gens qui en ont besoin et que sa notoriété auprès de monsieur et madame Tout-le-Monde importe peu. 

Maintenant que le camion a fait ses preuves de nuit, L’Anonyme veut l’utiliser aussi le matin : « Entre 5 h et 9 h, les gens sortent des refuges et, avant que les centres d’injection supervisée ouvrent, ils s’injectent... Ce serait bien si on était là pour eux. »

Puisque Montréal n’a jamais vu autant de campements de fortune et de gens vivant dans ses rues, cette clinique n’offre-t-elle pas... un service essentiel ?