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Un médecin amoureux du Québec bloqué par le fédéral

Jean-François Audubert

Photo courtoisie

Un médecin français de Strasbourg amoureux du Québec, spécialiste des dépendances, attend depuis trois ans sa résidence permanente dans l’espoir de pouvoir enfin mener une vie normale.

« On a finalisé les démarches à l’été 2018. Depuis, ça traîne. Sur le site de l’immigration, c’est écrit : “Votre dossier est en attente” », soupire au bout du fil Jean-François Audubert. « Ottawa dort au gaz », ajoute-t-il.

Arrivé au Québec en 2013, le médecin originaire d’Alsace a pu pratiquer rapidement ici grâce aux ententes Québec-France. Il a son Certificat de sélection du Québec (CSQ) depuis 2017, mais il n’a toujours pas sa résidence permanente.

« J’ai fait un stage d’adaptation de 13 semaines au Québec. C’est correct. J’ai passé toutes les étapes. J’ai été accepté par mes pairs », partage l’expert en addictologie, qui adore son travail en sol québécois.

Pour le médecin du Centre de réadaptation en dépendance (CRD) de Saint-Jérôme, qui se donne corps et âme 24 heures sur 24 à son travail, le stress augmente cependant de jour en jour.

« Ma femme, Marie, et mes deux filles, Apolline (12 ans) et Louise (8 ans), n’ont plus de Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) depuis début février. Ma plus grande doit avoir une fiche de visiteur pour l’école, et on n’en a pas », se désole-t-il.

Même si depuis son arrivée au Québec Jean-François Audubert a pu renouveler son permis de travail pour garder sa vie ici, l’absence de son statut de résident permanent l’irrite.

« On n’a pas le droit de vote. On a un statut précaire. À l’extrême, on peut être mis dans l’avion à Trudeau n’importe quand », laisse-t-il tomber.

Examen médical

Ce qui le choque, c’est qu’il a dû faire des pieds et des mains pour comprendre ce qui clochait dans son dossier, car on ne lui fournissait pas d’explications.

« Le dossier a été bloqué un moment en raison d’un examen médical jugé invalide de l’une de mes filles, à Tahiti, mais personne ne nous l’a dit », avance celui qui dit avoir du mal à communiquer avec l’appareil fédéral.

Aujourd’hui, sa fille a fait son examen. Son avocate lui a confirmé que tous les papiers ont été remplis en bonne et due forme, mais rien ne bouge.

« Pour les Français, la Belle Province reste un rêve ultime, c’est ma cabane au Canada. Tous les Français ont une affection particulière pour le Québec parce que c’est le village qui résiste à l’anglais », confie-t-il.

Contrairement à l’Ontario, ses diplômes sont reconnus au Québec grâce à des ententes. De toute façon, Jean-François Audubert a envie de rester ici. 

Ne lui parlez pas de retourner dans l’Hexagone. Il aime la froideur de l’hiver québécois et le peuple qui l’a accueilli chaleureusement.

« Je n’ai plus rien en France. J’ai coupé les ponts. Si je rentre en France, ça serait très laborieux. J’aime ma vie au Québec. Je suis bien au Québec », conclut-il.


Plus de 24 378 médecins sont inscrits au Québec, selon le Collège des médecins. Parmi ceux-ci, 20 928 (86 %) ont le français comme langue de correspondance, et 3450 (14 %), l’anglais.

Source : www.cmq.org/statistiques/repartition-generale.aspx