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Un retraité «sans histoire» devient une mule pour les Hells

Bloc Hells Angels

Photo d'archives, Reuters

Un homme de 74 ans qui s’est fait convaincre de servir de mule au profit des Hells Angels en transportant de la coke au Nouveau-Brunswick passera les deux prochaines années derrière les barreaux.

« L’accusé fut recruté précisément pour son profil, qui le place à l’abri de tout soupçon. Qui plus est, la nature et la quantité de la drogue ainsi que la somme appréciable d’argent qui lui furent confiées témoignent de la confiance placée en lui par l’organisation criminelle », a soutenu le juge Éric Côté, en condamnant Raymond Bertrand.

Il a plaidé coupable à des chefs de trafic et possession de cocaïne, de complot, de recyclage de produits de la criminalité et de recel, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Bertrand s’est fait prendre en 2017 lors de l’enquête « J-Thunder », menée par l’Escouade nationale de répression contre le crime organisé de la Sûreté du Québec et la Gendarmerie royale du Canada, concernant le trafic de coke dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Coke du Québec

L’enquête démontre que « la cocaïne distribuée provient du Québec. [...] Des personnes associées aux Hells Angels du chapitre de Montréal en assurent l’approvisionnement », peut-on lire dans la récente décision du tribunal.

Les autorités ont observé à plusieurs reprises des livreurs se rendre à la résidence d’un certain Danny Smith. Bertrand était l’un d’eux.

Ce dernier a été vu en train de faire un échange de sacs avec Smith et est reparti.

Les policiers l’ont intercepté peu après, et il avait 216 000 $ en sa possession.

Une perquisition chez l’homme où il venait de déposer la drogue a permis de découvrir 4 kg de coke et plusieurs éléments permettant d’en faire le trafic.

Retraité depuis près de 10 ans et sans antécédents judiciaires, Bertrand s’est fait approcher par le fils d’un ami, Bruno Lupien, qu’il considérait « comme son propre fils ».

« [Il] lui demande de lui rendre un service pour lequel il sera généreusement rémunéré », indique la décision.

Bien que l’accusé savait qu’il allait transporter de la drogue, il n’a fait que se rendre à l’adresse qu’on lui a donnée et n’a pas demandé à en savoir davantage « car ce n’est pas dans ses priorités ».

Aveuglement volontaire

Bertrand a toutefois avoué regretter et « avoir honte des crimes commis ».

« Le Tribunal s’étonne qu’un individu sans histoire, âgé de 71 ans au moment des événements, puisse se laisser si aveuglément entraîner dans une aventure de la sorte », a commenté le juge Côté.

Il a rappelé que les mules, même si elles jouent un rôle secondaire dans une organisation criminelle, sont « indispensables au succès de leurs lucratives activités ».

Malgré son âge, le magistrat a donc condamné Raymond Bertrand à deux ans de prison, cette semaine, pour son implication dans le trafic de drogue.

– Avec Christian Plouffe