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Une PME familiale construit une école primaire à perte

Isabelle Grenier

Photo Francis Halin

Une patronne d’une entreprise familiale de deuxième génération de fabrication d’acier de la Vallée-du-Richelieu est forcée de construire une école à perte pour la première fois de sa vie.

« On va perdre 180 000 $ sur 400 000 $ d’acier dans un contrat de 1,5 million $ d’un projet de construction d’une école primaire de la région de Montréal », partage Isabelle Grenier, présidente de Structures Sim-Con, à Chambly.

Fondée en 1982 par ses parents, Simone et Conrad (Sim-Con), la PME familiale de structures en bois et en métal s’est par la suite lancée dans la fabrication de structures d’acier. 

Mais aujourd’hui, ce qui était son pain et son beurre lui donne de sérieux maux de tête. L’explosion du prix de l’acier crève son budget.

« C’est surtout dans le public que c’est difficile de faire absorber cette hausse-là, alors que ça devrait être le contraire », déplore Isabelle Grenier, présidente de Structures Sim-Con. 

Selon elle, ses clients du privé comprennent rapidement ces hausses, mais pour les projets gouvernementaux, l’histoire est tout autre. 

« C’est facile à voir que j’ai un trou de 200 000 $ dans mes états financiers. C’est stressant. C’est insécurisant. C’est devenu dur de finaliser un contrat parce que l’on a peur », raconte-t-elle, au bout sa chaise, dans son bureau près de l’atelier.

À la mi-avril, Le Journal avait fait état de l’explosion des prix de plus de 50 % et des pénuries de matériaux à la grandeur du Québec, d’usines en surchauffe et du grand appétit pour l’acier en pleine pandémie.

« Ces six derniers mois dans les poutres à bâtisse, on parle peut-être de 30 % ou 40 %. Dans la bobine, on dépasse les 50 % », avait noté Marc-André Dion, vice-président du distributeur d’acier Groupe Picard.

Pas mieux à Québec

Dans la région de Québec, aux Aciers Coudibec, on commence aussi à la trouver moins drôle.

« Les donneurs d’ouvrage publics ne sont pas très collaboratifs pour éponger ces hausses-là », soupire son président et copropriétaire Dominique Moreau.

« C’est nous, les fabricants d’acier du Québec, qui nous voyons contraints d’avaler ça, et à force de faire ça, il y a des gens qui vont devoir fermer », craint-il.

Pris au piège

À l’Association de la construction du Québec (ACQ), l’histoire d’Isabelle Grenier et de Dominique Moreau passe de travers.

« Construire à perte, c’est inacceptable. Personne ne veut payer pour travailler au quotidien », estime son porte-parole Guillaume Houle.

D’après lui, les entrepreneurs qui ont soumissionné en septembre, octobre et novembre derniers sont maintenant pris au piège.

« Ça démontre l’urgence de trouver des solutions rapides. On a une ouverture de la part du cabinet du Conseil du trésor », concède-t-il cependant.


À la mi-avril, la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec s’est inquiétée de voir les prix pour l’acier en provenance des É.-U. bondir de plus de 50 % en l’espace de quelques jours à peine.