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Russie: la justice pourrait mettre hors-la-loi le mouvement de Navalny

La justice russe commence lundi à examiner une demande du parquet pour qualifier d'«extrémistes» les organisations de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny, un procès considéré par ses partisans comme visant à mettre hors-la-loi son mouvement.

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Cette première audience du procès, prévue à huis clos dans le tribunal municipal de Moscou, intervient à la veille de la première lecture à la Douma, chambre basse du Parlement, d'un projet de loi interdisant aux personnes impliquées dans des organisations classées «extrémistes» d'être élues députés.

Le parquet russe avait demandé mi-avril de qualifier plusieurs organisations liées à Alexeï Navalny d'«extrémistes», un qualificatif qui fait encourir aux collaborateurs et partisans de l'opposant de lourdes peines de prison. Lui-même est incarcéré depuis janvier, et a fait une grève de la faim de trois semaines en avril.

Cette demande vise le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de M. Navalny, connu pour ses enquêtes dénonçant le train de vie et les malversations des élites russes, et les bureaux régionaux de l'opposant, qui s'occupent notamment d'organiser les manifestations en son soutien ou d'activités préélectorales.

Le parquet accuse les organisations de M. Navalny de chercher à «créer les conditions de la déstabilisation de la situation sociale et sociopolitique» en Russie, «sous couvert de slogans libéraux».

«L'opposition sera détruite», assure à l'AFP un analyste indépendant, Abbas Galliamov, tout en estimant qu'«en détruisant l'opposition, ils (les autorités, NDLR) vont détruire leur propre légitimité».

Si Alexeï Navalny n'a pas été autorisé à briguer la présidence russe face à Vladimir Poutine en 2018, les autorités ont toléré pendant des années le mouvement de l'opposant.

Mais à l'approche des élections législatives de septembre, le Kremlin cherche à ne laisser aucune chance à ce mouvement sur fond d'une fatigue croissante de la population après deux décennies de présidence Poutine, et de l'aggravation de la situation économique dans le pays provoquée notamment par l'épidémie de coronavirus.

Ainsi, la Douma est censée se pencher mardi sur un projet de loi interdisant d'être élue député toute personne ayant occupé un poste à responsabilité dans une organisation jusqu'à trois ans avant sa qualification d'«extrémiste».

Proposé par un groupe de députés du parti au pouvoir Russie unie, le texte devrait être adopté avant les élections législatives de septembre et aura une force rétroactive, selon ses auteurs.

Principal opposant russe et pourfendeur acharné de la corruption, Alexeï Navalny, comptait présenter ses candidats pour les législatives de septembre ou alors soutenir ceux d'autres formations les plus à même de battre les représentants du parti du Kremlin.

Si ces organisations étaient classées extrémistes, elles seraient de facto interdites et leurs membres menacés de peines de prison. En réaction, les bureaux régionaux d'Alexeï Navalny en Russie ont annoncé leur autodissolution fin avril.

Ce réseau avait déjà été ajouté fin avril à une liste d'organisations «extrémistes et terroristes» du service russe des renseignements financiers, où figurent notamment les groupes jihadistes Al-Qaïda et État islamique.

Aux yeux de Lioubov Sobol, l'une des principales alliées de M. Navalny, l'apparition d'un tel projet de loi signifie que le parti au pouvoir «a terriblement peur d'une compétition honnête».

«Il semble que la propagande et les falsifications ne peuvent plus aider les favoris de ces gens», a affirmé début mai sur Facebook Mme Sobol, 33 ans, qui avait annoncé plus tôt ses projets de participer aux législatives d'automne.

Le Fonds de lutte contre la corruption de M. Navalny avait réalisé en janvier son enquête la plus retentissante, accusant le président Vladimir Poutine d'être le bénéficiaire d'un opulent «palais» sur les rives de la mer Noire. La vidéo a été vue plus de 116 millions de fois sur YouTube et avait forcé M. Poutine à démentir en personne.

Les locaux des organisations de M. Navalny et les domiciles de ses collaborateurs ont fait l'objet de perquisitions à plusieurs reprises ces dernières années, un acharnement judiciaire destiné à le faire taire, selon l'opposant.

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