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Salaire en garderies: plus payant de faire le ménage

Aziza Huardel

Photo courtoisie

Le cœur gros, une éducatrice a décidé d’abandonner son travail dans un CPE pour un emploi plus payant en entretien ménager, afin de mieux subvenir aux besoins de sa famille. 

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« C’est à contrecœur, c’est purement financier », confie Aziza Huardel, qui travaille depuis un an et demi au CPE La magie du rêve, à Val-d’Or.

Elle fera désormais l’entretien ménager des bureaux administratifs d’une entreprise minière, ce qui lui permettra de toucher sept dollars l’heure de plus que ce qu’elle gagne actuellement comme travailleuse de la petite enfance. « Ça fait quand même une sacrée différence », souligne cette immigrante venue de la France.

Et elle n’est pas la seule à choisir de quitter le réseau. Les CPE et garderies privées sont aux prises avec une importante pénurie de main-d’œuvre. 

Avec une paye annuelle commençant à 32 000 $ et pouvant aller jusqu’à 42 000 $ au bout de dix ans de services, les éducatrices en garderie ne sont pas suffisamment rémunérées aux yeux de la population. Une vaste majorité de Québécois sont d’ailleurs d’avis qu’elles méritent un rattrapage salarial. 

Elle serait restée  

Maman d’une fillette, Aziza Huardel est catégorique : si son emploi de travailleuse de la petite enfance avait été mieux payé, elle serait restée.

« J’adore mon métier. La petite enfance, c’est une vocation pour moi. [...] À la mine, ça va être la même chose tous les jours. Ici, ça change [...] les enfants nous aiment comme on est. Quand on leur donne de l’amour, ils nous donnent de l’amour aussi. J’adore ce que je fais, mais malheureusement, je suis obligée de partir, j’ai une famille ».  

Et elle s’estime chanceuse. Elle est en couple, un autre salaire vient donc compléter le sien pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille. Mme Huardel signale que certaines éducatrices en garderie sont monoparentales et doivent se débrouiller avec ce salaire peu élevé. « Ce n’est pas suffisant du tout », insiste-t-elle. 

Plafonnées à 25,15 $ l’heure  

Détentrice d’un permis de travail en sol québécois, elle n’a pas son diplôme d’études collégiales (DEC) en Techniques d’éducation à l’enfance, n’ayant pas le droit de fréquenter un établissement scolaire.  

« J’arrive de France, j’ai un certificat d’aptitude professionnelle petite enfance. J’étais assistante maternelle, j’avais un agrément d’État », précise-t-elle. Aziza Huardel a suivi la formation de 45 heures requise pour les éducatrices en milieu familial, de même que les divers perfectionnements offerts par son CPE.  

Notons qu’une éducatrice qualifiée gagne entre 18,98 $ à 25,15 $ l’heure, tandis qu’une travailleuse de la petite enfance non qualifiée touche entre 16,75 $ et 25,15 $ l’heure.  

À titre comparatif, le salaire d’une éducatrice en service de garde scolaire, qui n’a souvent pas à appliquer un programme éducatif et ne requiert pas un diplôme d’études collégiales, oscille entre 22,23 $ et 29,05 $ l’heure.  

Un sondage révélateur  

Le salaire annuel d’une éducatrice ou d’un éducateur formé(e) à sa première année d’expérience est de 32 000 $. D’après vous, est-ce que ce salaire est...  

  • Beaucoup trop faible : 31 %  
  • Un peu trop faible : 46 %  
  • Adéquat : 21 %  
  • Un peu trop élevé : 1 %  
  • Beaucoup trop élevé : 0 %   

Le salaire annuel d’une éducatrice ou d’un éducateur formé(e) est de 42 000 $ après 10 ans d’expérience, à l’échelle maximale. D’après vous, est-ce que ce salaire est...  

  • Beaucoup trop faible : 37 %  
  • Un peu trop faible : 41 %  
  • Adéquat : 20 %  
  • Un peu trop élevé : 2 %  
  • Beaucoup trop élevé : 1 %   

Croyez-vous que le salaire des éducatrices et éducateurs à la petite enfance devrait être rehaussé ou non ?  

  • Oui : 82 %  
  • Non : 10 %  
  • Je ne sais pas : 8 %   

Appui écrasant des Québécois à la hausse de leur salaire  

Une vaste majorité de Québécois sont d’avis que les éducatrices en garderies sont sous-payées et qu’elles méritent un rattrapage salarial. 

Avec une paye annuelle commençant à 32 000 $ et pouvant aller jusqu’à 42 000 $ au bout de dix ans de services, les travailleuses de la petite enfance ne sont pas suffisamment rémunérées aux yeux de la population.  

Pas moins de 82 % des gens estiment que les éducatrices devraient voir leur salaire bonifié, révèle un sondage de la firme Synopsis réalisé pour l’Association québécoise des CPE.  

Près de quatre répondants sur cinq jugent que la rémunération de ces travailleuses œuvrant auprès des tout petits et possédant un diplôme d’études collégiales (DEC) est trop faible. 

D’ailleurs, même si la profession jouit d’une très bonne réputation, peu de Québécois accepteraient de faire ce boulot exigeant « parce que ce n’est pas assez payant », démontre le coup de sonde.  

Cette situation contribue à une grave pénurie de main-d’œuvre dans le réseau, déplore la directrice générale de l’AQCPE, Geneviève Bélisle. « Les CPE ouvrent des postes, et il n’y a personne qui se présente pour les obtenir ! » se désole-t-elle.  

Seuil de pauvreté  

Non seulement le recrutement est-il ardu, mais les établissements peinent à retenir leurs travailleuses d’expérience, qui partent pour des emplois mieux rémunérés. « J’ai des éducatrices qualifiées avec dix ans d’expérience qui sont allées faire du café, être baristas chez Starbucks », insiste Mme Bélisle.  

Elle signale que les éducatrices en petite enfance sont beaucoup moins payées que des travailleurs ayant une formation et des responsabilités moindres. 

« L’éducatrice en service de garde scolaire n’a pas d’obligation éducative comme l’éducatrice en CPE. En plus, on ne lui demande pas de détenir une formation de trois ans de niveau DEC. Cependant, cette personne-là gagne quatre à cinq dollars de plus à l’entrée en poste ». 

Geneviève Bélisle rappelle que Québec recevra de l’argent du fédéral en compensation du programme national de garderie.

« On convient qu’une éducatrice qui fait 32 000 $, elle est quasiment sur le seuil de la pauvreté. C’est un peu bizarre de continuer à penser que le gouvernement a six milliards de plus dans ses poches et ne décide pas de faire un effort pour être capable de mieux payer ces femmes-là ».