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La moitié de l’année scolaire à la maison

Teenagers in protective masks studying in classroom with teacher

Photo Adobe Stock

Les adolescents de la Beauce et de l’Outaouais franchiront à nouveau les portes de leurs écoles secondaires aujourd’hui, après une période de fermeture de six semaines qui aura contribué à creuser les écarts avec d’autres régions du Québec, où les élèves ont été présents en classe presque deux fois plus souvent qu’eux. 

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En Gaspésie, les élèves de la fin du secondaire ont eu droit jusqu’à maintenant à près de 140 jours d’école en chair et en os. À l’école secondaire Gabriel-Le Courtois, à Sainte-Anne-des-Monts, il n’y a eu aucun cas de COVID-19 parmi les élèves ou le personnel en date de vendredi dernier. 

À l’inverse, les élèves de troisième, de quatrième et de cinquième secondaire d’une partie de la Beauce ont été présents à l’école environ 75 jours sur les 154 qui se sont écoulés au calendrier scolaire, sans compter les nombreuses fermetures de classes sporadiques.  

À la Polyvalente de Saint-Georges, un groupe de cinquième secondaire a vécu trois périodes d’isolement à la maison depuis la rentrée.  

La pression sera forte pour les élèves qui seront de retour sur les bancs d’école lundi, alors que le deuxième et dernier bulletin comptera pour 65% de l’année scolaire.  

Dans les écoles, des membres du personnel redoutent les impacts négatifs de l’enseignement en ligne pendant de longues semaines, alors que la fin de l’année approche à grands pas. 

«Un fossé énorme»

À Québec, où les élèves du secondaire sont de retour en classe à temps partiel depuis la semaine dernière, des directions d’école ont pu constater au cours des derniers jours à quel point la période de fermeture a porté un dur coup à certains élèves. 

C’est le cas à l’école secondaire Vanier, où plusieurs jeunes proviennent d’un milieu défavorisé et sont issus de l’immigration. Les élèves «vulnérables» sont devenus des élèves «ultra-vulnérables», constate le directeur, François Pouliot.  

«Quand les enseignants ont repris contact avec les jeunes en début de semaine, ils ont réalisé qu’il y avait un fossé énorme qui s’était creusé», dit-il. L’équipe-école a mis en place plusieurs mesures pour leur donner un coup de pouce, dont des cours de rattrapage le samedi, mais les jours sont comptés. 

«On va manquer de temps d’ici la fin de l’année pour pouvoir amener nos élèves vers la réussite. On a peur que le taux d’échec soit plus élevé», laisse-t-il tomber. 

Paralysés par l’anxiété

À Roger-Comtois, la plus grosse école secondaire de la région de Québec, le niveau de stress a monté d’un grand chez certains élèves depuis le retour en classe, constate la directrice, Laurie L’Hérault. 

«Il y a comme un blocage pour ceux qui ont un profil plus anxieux. On voit des travaux non remis, des contre-performances», dit-elle. 

Les élèves en difficulté ont été les plus désavantagés par la longue période d’enseignement en ligne, indique la directrice. «Ça va avoir eu un impact majeur. Ceux qui passaient sur la ligne à la première étape, là, ils vont peut-être échouer. C’est ma grosse inquiétude», laisse-t-elle tomber. 

Une série de mesures ont été mises en place pour les aider à réussir leur année à nouveau chamboulée par la COVID-19.  

Le portrait varie toutefois d’une école à l’autre. À l’école secondaire de La Seigneurie, à Beauport, la directrice Marie-Josée Landry ne s’attend pas à un taux d’échec plus élevé en fin d’année.  

L’appréhension «la plus importante» dans les rangs du personnel et des élèves est de devoir s’adapter à un autre changement d’ici la fin de l’année scolaire, si le gouvernement Legault autorise le retour à temps plein d’ici la fin juin, indique-t-elle. 

Seulement 76 jours en classe: trop de distractions pour Louis-Philippe    

Ecole en ligne Beauce Louis-Philippe Roy

Photo Jean-François Racine

◆ Louis-Philippe Roy, 16 ans   

  • Élève de quatrième secondaire     
  • Polyvalente de Saint-Georges, Beauce     
  • 76 jours de présence à l’école depuis la rentrée         

Louis-Philippe Roy était «super heureux» lorsqu’il a appris il y a quelques jours qu’il retournerait en classe. L’enseignement virtuel, très peu pour lui. 

«L’école en ligne, c’est vraiment compliqué pour une chose: la concentration. À la maison, tu as plein d’autres distractions que tu n’as pas à l’école», lance cet élève de quatrième secondaire de la Polyvalente Saint-Georges, en Beauce. 

Le jeune homme ne l’a déjà pas facile à l’école, puisqu’il a «le gros paquet de difficulté»: il est dyspraxique et dyslexique. «Passer une journée devant un écran, c’est très dur pour moi, je suis vraiment fatigué à la fin de la journée.» 

Louis-Philippe a bien essayé à la rentrée comme plusieurs élèves de rattraper le retard accumulé au printemps 2020, avec la première période de fermeture, mais le passage à l’enseignement hybride dès le début octobre a freiné son élan, raconte-t-il. «On rushait quand on est passé à temps partiel, ç’a eu un impact sur nos résultats», dit-il.  

L’élève de 16 ans a été en classe 76 jours sur 154 depuis le début de l’année. Il se considère quand même comme étant «très chanceux», puisque contrairement à plusieurs amis, il n’y a pas eu de cas de COVID-19 dans son groupe, ce qui aurait mené à un isolement préventif de deux semaines à la maison. 

Le jeune homme a travaillé fort pour remonter la pente dans certaines matières, aidé par son orthopédagogue, avec qui il a eu un suivi même pendant la période de fermeture qui a débuté en avril. 

Louis-Philippe n’a jamais manqué de cours en ligne, même si la concentration n’y était pas toujours. «Il y a des périodes où j’avais tellement de la difficulté à me concentrer que j’ai rien compris», laisse-t-il tomber. 

Le jeune homme devra maintenant patienter jusqu’à mardi avant de retrouver les corridors de son école, puisqu’il commencera l’école hybride avec une journée à l’écran lundi. 

«Avoir le prof en avant de toi, en classe, c’est vraiment comme ça qu’on apprend. Le contact humain, c’est le plus important dans un parcours scolaire.» 

Une année presque normale pour Alexanne en Gaspésie    

Alexanne Lemieux

Photo courtoisie

Alexanne Lemieux, 17 ans   

  • Élève de cinquième secondaire     
  • École Gabriel-Le Courtois, Saint-Anne-des-Monts, Gaspésie     
  • 136 jours de présence à l’école depuis la rentrée         

Alexanne Lemieux, une élève de cinquième secondaire de l’école secondaire de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, s'estime bien chanceuse d’avoir eu une année scolaire «presque normale».  

Hormis la période d’enseignement en ligne imposée à tous les élèves du secondaire en janvier suivie de deux semaines de fréquentation à temps partiel, elle a pu se rendre à l’école tous les jours depuis la rentrée. 

«C’est vraiment un avantage pour nous d’être à l’école», lance-t-elle. 

L’enseignement à distance du début janvier lui a fait réaliser la chance qu’elle a, ajoute-t-elle. 

«En ligne, on a moins de motivation et on a beaucoup plus de distractions. On a vu une différence quand on est revenus à l’école, c’était mieux pour nos résultats et aussi pour notre vie sociale», affirme cette élève qui a franchi l’entrée de son école lors de 136 jours sur les 154 qui se sont écoulés jusqu’à maintenant. 

Dans cette petite école qui compte un peu plus de 300 élèves, la contrainte de la bulle-classe ne s’est pas fait sentir en cinquième secondaire, où on ne retrouve qu’un seul groupe d’élèves. Le port du masque en classe a été limité à deux semaines en début d’année, avant le retour de la région en zone orange. 

Le directeur adjoint de l'école, Jérôme Bernier-Auclair, se réjouit aussi d’avoir pu accueillir ses élèves à l’école pour la grande majorité de l’année. «Je considère que nos jeunes ont été avantagés», dit-il. 

Il est toutefois trop tôt pour affirmer que cette présence en classe aura permis de rattraper le retard accumulé par des élèves pendant le confinement du printemps 2020, ajoute le directeur. 

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